Myanmar : les musulmans Rohingyas pourraient être victimes de crimes contre l'humanité

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Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Zeid Raad al-Hussein (Photo: ONU/ J. M. Ferré).

Les graves abus dont sont victimes les Rohingyas au Myanmar pourraient être considérés comme des « crimes contre l'humanité ». Selon ce rapport alarmant du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme publié ce lundi à Genève, cette minorité musulmane est victime d'arrestations arbitraires ou de déchéance de nationalité. Les services du Haut-Commissaire Zeid Raad al-Hussein notent que le rapport soulève la possibilité selon laquelle « les schémas de violations à l'encontre des Rohingya au Myanmar pourraient constituer des crimes contre l'humanité ».

 

Le rapport est sans appel sur le sort des minorités et surtout des Rohingya au Myanmar. Ces derniers sont confrontés à des privations arbitraires de nationalité, à des restrictions sévères de leur liberté de mouvement, à des menaces pour leur vie et leur sécurité, au déni de leurs droits à la santé et l'éducation, au travail forcé, à la violence sexuelle, à la limitation de leurs droits politiques, entre autres violations.

Il existe aussi une hausse alarmante des incitations à la  haine et de l'intolérance religieuse par des organisations bouddhistes ultra-nationalistes. Le rapport soulève la possibilité selon laquelle les schémas de violations à l'encontre des Rohingya pourraient constituer des crimes contre l'humanité.

Le rapport indique que dans l'Etat de Rakhine, situé dans le nord du pays, les arrestations et détentions arbitraires de Rohingya restent répandues. Les arrestations ont souvent lieu sans fondement, sans procédure formelle et sans charge, jusqu'à ce que la libération soit obtenue contre le paiement d'un pot-de-vin. Pour les personnes formellement inculpées, les garanties de procès équitable sont souvent violées.

Le rapport met aussi en exergue les violations dans le contexte du conflit armé. Elles incluent la prise pour cible délibérée et des attaques indiscriminées contre des civils, l'utilisation d'enfants soldats, le travail force, les violences sexuelles et fondées sur le genre, les violations des droits au logement, à la terre et à la propriété et des restrictions à la liberté de religion et de croyance.  Dans les Etats de Kachin et de Shan, toutes les parties sont accusées de violations du droit humanitaire international qui pourraient peut-être être considérées comme des crimes de guerre.

Face à cette situation, les services du Haut-Commissariat rappellent que le nouveau gouvernement a hérité d'une situation où les lois cherchent à refuser les droits fondamentaux pour les minorités, mais aussi d'impunité.  En attendant, le Chef des droits de l'homme de l'ONU salue les mesures récentes prises par le gouvernement. Comme un nouveau ministère, une conférence nationale de paix et un Comité central pour la stabilisation de l'Etat de Rakhine. Zeid Raad al-Hussein est prêt à soutenir les efforts des autorités.

Il faut juste rappeler que quatre ans après les violences de 2012 dans l'Etat de Rakhine, quelque 120.000 musulmans Rohingya et Kaman dont 30.000 enfants vivent toujours dans des camps de déplacés internes.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; Propos recueillis par Alpha Diallo)

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12/12/2017
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