Kenya : vers un désengorgement du camp de Dadaab et le rapatriement volontaire de réfugiés somaliens d'ici à décembre

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Le Haut-Commissaire Filippo Grandi avec un groupe de soudeurs et réfugiés somaliens au camp d'Ifo à Dadaab, Kenya (Photo : HCR/ S. Modola)

Le Camp des réfugiés de Dadaab pourrait se vider de la moitié de sa population. L'objectif visé par un accord tripartite historique signé samedi dernier par l'Agence de l'ONU pour les réfugiés avec les gouvernements de Somalie et du Kenya est de réduire ce camp de plus de 150.000 résidents d'ici à la fin de l'année. Et dans le cadre de ce processus, des milliers de réfugiés somaliens pourraient être rapatriés dans leur pays d'origine. Les Nations Unies, Nairobi et Mogadiscio insistent tout de même que ces opérations se déroulent « de façon ordonnée, humaine et digne ».

 

Cet accord était attendu après l'annonce faite ces derniers mois par le Gouvernement kenyan sur son intention de fermer le camp de réfugiés de Dadaab d'ici la fin novembre. Finalement, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a pris les devants. Et l'objectif de cet accord tripartite qu'il a signé avec les gouvernements somalien et kenyan est ambitieux. Car il prévoit de désengorger presque de moitié les 326.000 réfugiés vivant dans le camp de réfugiés de Dadaab dont la majorité sont des Somaliens qui fuient leur pays déchiré depuis 1991 par la guerre civile. Plus concrètement, Dadaab doit voir au moins 150.000 de ses résidents quitter d'ici à la fin de l'année ce camp de réfugiés.

Ce projet de réduction de la population de ce vaste site de réfugiés passe par un programme de retour volontaire des réfugiés somaliens, la réinstallation des réfugiés non-somaliens, l'enregistrement des citoyens Kenyans qui se sont enregistrés comme réfugiés ainsi qu'un processus de vérification de la population de ce site. Il faut juste souligner que le Kenya héberge le plus grand camp de réfugiés au monde depuis un quart de siècle et il a toujours accueilli des réfugiés d'autres conflits comme en Somalie et plus récemment depuis le Soudan du Sud.

Concernant le rapatriement volontaire des réfugiés, l'objectif visé d'ici à la fin de l'année est d'arriver à rapatrier au moins 50.000 Somaliens.

Et ce n'est pas la première tentative de rapatrier les réfugiés somaliens du Kenya. En 2013 déjà, Nairobi, la Somalie et le HCR avaient signé un accord tripartite pour aider les réfugiés somaliens de Dadaab à commencer à rentrer chez eux volontairement dans neuf zones désignées des régions considérées comme étant relativement sûres du Centre-Sud ainsi que du Puntland et du Somaliland. Selon le HCR, plus de 16.000 personnes sont déjà rentrées à ce jour, soit dans le cadre du programme de retour volontaire lancé en décembre 2014ou de façon spontanée. A cet égard, le l'Agence onusienne  souligne que des milliers de réfugiés ont confirmé par écrit leur volonté de rentrer.

Toutefois, de nombreux autres réfugiés qui pourraient être disposés à rentrer citent des préoccupations sur l'insuffisance des moyens pour reconstruire leurs maisons et lancer des entreprises. Ils font également part de leur inquiétude sur l'éducation et les soins de santé qui ne seraient pas disponibles à un niveau suffisant dans leurs communautés d'origine.

C'est la raison pour laquelle que lors de sa première visite au Kenya et en Somalie au début de ce mois de juin, le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés avait insisté sur le fait que la fermeture de Dadaab ne débouche sur des retours forcés de réfugiés somaliens dans leur pays d'origine. Filippo Grandi avait ainsi plaidé pour des solutions durables. Cela signifie, veiller à ce que les réfugiés aient une infrastructure de base pour recommencer leur vie, mais pouvoir aussi bénéficier de services essentiels comme les soins de santé et l'éducation ainsi que la création d'emplois.

Il faut juste rappeler que lors d'une conférence à Bruxelles en 2015, les pays donateurs s'étaient engagés à verser 110 millions de dollars pour financer le retour durable et la réinsertion des réfugiés somaliens. A ce jour, seulement 7,2 millions de dollars ont été reçus pour cet appel de fonds.

(Interview : Raouf Mazou, Représentant du HCR au Kenya ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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