Genève : des artistes ivoiriens mobilisés contre le travail des enfants

Écouter /

Des artistes ivoiriens lors d’une prestation à la Salle des civilisations du Palais des Nations à Genève, pour sensibiliser sur le travail des enfants (Photo: OIT)

Cette année, la Journée mondiale contre le travail des enfants  – célébrée le dimanche 12 juin – est consacrée au travail des enfants dans les chaînes de production.  L'Organisation internationale du travail (OIT) organise une série d'événements à cette occasion à Genève, comme cette représentation musicale du «Chœur pour l'abolition du travail des enfants», un groupe d'artistes et de professionnels des médias. Depuis plus de trois ans, ils sensibilisent le public ivoirien sur les pires formes de travail des enfants.

Parmi les membres du groupe présents à Genève, la Radio des Nations Unies a rencontré Akissi Delphine Loukou, artiste-comédienne et réalisatrice de la série à succès « Ma famille ». Celle qui est plus connue sous le nom d'Akissi Delta revient d'abord sur les raisons de son engagement pour cette cause, mais aussi sur son enfance quand elle a dû travailler dans les champs agricoles et ses horaires « insupportables » en tant que travailleuse-domestique à Abidjan.

 

C'est l'histoire d'une artiste connue et reconnue en Côte d'Ivoire et en Afrique francophone, mais aussi parmi la diaspora africaine en Europe. C'est le parcours de l'actrice Akissi Delta qui pendant des années s'invitait dans les foyers ivoiriens pour avoir été l'une de héroïnes du feuilleton satirique « Ma famille » diffusé pendant des années par la Radio Télévision Ivoirienne (RTI). Présente sur plus d'une dizaine de films, elle est elle-même devenue l'une des productrice et réalisatrice les plus réputées de l'Afrique francophone.

A présent, en dehors de ses activités professionnelles, Akissi Delta entend faire de l'abolition du travail des enfants en Côte d'Ivoire, une « cause personnelle ». Le sort de ces enfants est devenu son engagement depuis 2013 quand, à travers les médias ivoiriens, elle a entendu parler du projet d'une chanson contre le travail des enfants. Elle a contacté immédiatement Guy Constant Neza, un ancien journaliste devenu producteur, à l'origine du projet, en lui proposant son soutien.

Pour justifier cet engagement, Akissi évoque une démarche bien naturelle. Une façon de rappeler que le travail des enfants fait partie de son histoire personnelle et qu'elle en paie toujours le prix. « J'écris et je lis très difficilement. C'est un handicap majeur dans ma vie professionnelle. Tout cela à cause du fait que je ne suis jamais allée à l'école, » reconnaît-elle ouvertement.

Akissi revient ainsi sur le parcours chaotique de son enfance.  « Entre 2 et 8 ans, je vivais avec ma grand-mère  et je passais la plupart de mon temps dans les champs ». Son salut, elle le doit à sa tante qui est venue la chercher au village quand elle avait 8 ans pour l'emmener à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. « J'ai été bien traitée, mais je ne suis jamais allée à l'école », concède-t-elle malgré tout.  « Après à 13 ans, comme je n'avais pas fait d'études, j'ai commencé à travailler en tant que bonne. Je gagnais à peine de quoi survivre ». Pourtant avec ce travail domestique, elle travaillait sans arrêt de six heures au lever du soleil à une heure du matin, tard dans la nuit », se souvient-elle.

Seulement l'histoire d'Akissi n'a rien d'exceptionnel dans de nombreux pays en développement. Après avoir été exploitée et victimes d'abus physiques, sa vie va pourtant changer grâce à sa rencontre avec un musicien ivoirien qui lui demande de travailler avec lui. Elle devient alors actrice en obtenant un rôle dans la comédie à succès « Ma famille » diffusée à la télévision ivoirienne pendant des années.

Dans ces conditions, son message aux 4.000 délégués présents à Genève lors de cette 105e conférence internationale du travail, c'est que « chacun doit individuellement se demander ce que j'ai déjà fait pour abolir le travail des enfants ». Et dès son retour à Abidjan, Akissi espère finir l'écriture du scénario de sa nouvelle série « Ma famille ». Une nouvelle saison qui compte mettre l'accent cette fois-ci sur le travail des enfants « afin que celles et ceux qui regardent ce programme en Côte d'Ivoire et dans les pays voisins se rendent compte que le travail des enfants peut ruiner l'avenir d'un enfant ».

Il faut juste rappeler que dans le monde, plus de 168 millions d'enfants sont toujours victimes du travail des enfants, notamment dans les chaînes de production, de l'agriculture à l'industrie, des services à la construction. Et avec 59 millions, l’Afrique sub-saharienne continue à être la région avec la plus forte incidence de travail des enfants (plus de 20%).

(Interview : Akissi Delphine LOUKOU alias Akissi Delta, Artiste-comédienne et Productrice ivoirienne ; Propos recueillis par Alpha Diallo)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
11/12/2017
Loading the player ...