François Fall : «Il faut aider le Soudan du Sud » pour éviter sa « somalisation »

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Capture d’écran des travaux du Conseil des droits de l’homme et de la présentation de François Fall, Vice-Président de la Commission conjointe de suivi de l'Accord de paix sur le Soudan du Sud.

De grands progrès ont été accomplis avec la mise en place d'un gouvernement de transition et d'union nationale, mais tout reste fragile au Soudan du Sud. Tel est le sentiment affiché par le Vice-Président de la Commission conjointe de suivi et d'évaluation de l'Accord de paix sur le Soudan du Sud hier mercredi devant le Conseil des droits de l'homme. Et dans cette interview accordée à la Radio des Nations Unies, François Lonsény Fall insiste sur le climat de confiance qui doit prévaloir entre le Président Salva Kiir et le Vice-président Riek Machar, mais aussi sur le respect du cessez-le-feu et le  cantonnement des groupes armés. Mais ce processus politique ne doit pas se faire sans reddition des comptes, selon l'ancien Chef de la Diplomatie guinéenne.

 

A en croire François Fall, le conflit tragique amorcé en décembre 2013 au Soudan du Sud s'est rapidement caractérisé par de très graves atteintes aux droits de l'homme, ciblant des catégories spécifiques d'hommes et de femmes, et des attaques contre les agents humanitaires, comme ce fut le cas dans le camp de Malakal.  L'absence d'harmonie entre communautés et les violations très graves qui se sont produites ont des racines profondes qui expliquent les enjeux des efforts de réconciliation nationale, a-t-il précisé. De façon générale, le Vice-Président de la Commission observe qu'en dépit du cessez-le-feu permanent, la situation sécuritaire demeure précaire bien que tous les aspects de l'Accord de paix soient en voie de mise en place.

Néanmoins l'ancien Premier Ministre et ancien Ministre des affaires étrangères de la Guinée admet que des progrès ont été accomplis pour améliorer la situation générale des droits de l'homme au Soudan du Sud, ce qui à ses yeux contribuera à préparer le terrain pour la reddition des comptes pour les violations commises.

Sur le plan diplomatique, François Fall parle de « tournant significatif » après la formation du Gouvernement de transition et d'unité nationale. Il espère désormais que le Djouba va élargir l'ancien Parlement en Assemblée législative de transition nationale. A cet égard, l'ancien Premier Ministre de la Guinée a indiqué que la Cour hybride pour le Soudan du Sud devrait être mise sur pied avec l'appui du Secrétaire général de l'ONU et de l'Union africaine.

Mais toutes ces avancées diplomatiques peuvent facilement être remises en cause en raison de la fragilité de la situation sécuritaire et surtout de la situation socio-économique. L'ancien Chef de la diplomatie guinéenne a ainsi évoqué l'impact conjugué de la crise économique et financière et de la situation humanitaire, terrible dans le pays, qui a retardé la réalisation des dispositions de l'Accord de paix. Ce marasme économique dans lequel se trouve ce pays se caractérise d'ailleurs par une flambée des prix alimentaires et par un coût de la vie qui ne cesse d'augmenter. « Il faut veiller au redressement économique de ce pays. Car les conditions de vie actuelle sont intenables », fait-il remarquer.

Dans ces conditions, le Vice-Président de la Commission insiste auprès de la communauté internationale pour « ne pas abandonner le Soudan du Sud », avertit l'ancien Premier Ministre de la Guinée. « Car si on abandonne ce pays, le Soudan du Sud pourrait devenir une autre Somalie. Et ce qu'il faut éviter aujourd'hui ».

A cet égard, il a rappelé certains acquis comme la mise en place du nouveau gouvernement de transition. « Et il faut rappeler qu'il a fallu plus de quinze ans pour former un gouvernement en Somalie et aujourd'hui au Soudan du Sud, nous avons un gouvernement d'union nationale ». « Donc la communauté internationale doit tirer les leçons du passé, soutenir ce gouvernement d'union nationale et faire en sorte que le processus qui est engagé puisse avancer. Voilà ce que nous devons faire », conclut-il.

(Interview : François Lonsény Fall, Vice-Président de la Commission conjointe de suivi et d'évaluation de l'Accord de paix sur le Soudan du Sud ; Propos recueillis par Alpha Diallo)

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13/12/2017
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