Conseil des droits de l'homme : les abus continuent au Burundi

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Le Conseil des droits de l'homme s'est penché, ce mercredi matin, sur les situations des droits de l'homme au Burundi. Le Chef des droits de l'homme de l'ONU a ainsi indiqué que les droits du peuple du Burundi se sont détériorés de manière tragique dans la foulée de la crise politique d'avril 2015.  Les violations dont ils sont victimes incluent des exécutions extrajudiciaires, meurtres, disparitions forcées, arrestations et détentions arbitraires, torture et violence sexuelle.  Malgré une accalmie toute relative, des restrictions aux libertés fondamentales et de nombreux abus continuent de créer un climat de peur et d'intimidation.

 

Depuis avril dernier, soit la fin de la période couverte par le rapport, les arrestations arbitraires, les détentions et la torture continuent au Burundi. Devant le Conseil des droits de l'homme ce mercredi à Genève, Zeid Ra'ad Al Hussein s'est notamment préoccupé de l'arrestation d'écoliers et d'étudiants qui auraient gribouillé des photos du Président.

Le Chef des droits de l'homme de l'ONU s'est en outre alarmé des risques très réels d'escalade de la violence ethnique : ces dernières six semaines, plusieurs membres des anciennes Forces armées burundaises (ex-FAB) ont été assassinés, peut-être en raison de leur appartenance à l'ethnie tutsie. Des membres de l'Imbonerakure auraient aussi tenu des propos d'incitation à la violence contre des opposants politiques, aux forts relents ethniques.  Compte tenu de l'histoire récente du Burundi, ces actes d'incitation sont potentiellement explosifs, a mis en garde le Haut-Commissaire.

De façon générale, les droits humains se sont détériorés de manière tragique dans la foulée de la crise politique d'avril 2015. Les violations constatées depuis le début de la crise incluent des exécutions extrajudiciaires, des meurtres, des disparitions forcées, des arrestations et détentions arbitraires, la torture et la violence sexuelle ainsi que l'emprisonnement des membres des organisations de la société civile ou des journalistes. Par ailleurs, selon les derniers chiffres, depuis le 20 juin, près de 270.000 personnes ont été forcées à fuir dans les pays voisins et 100.000 seraient déplacées à l'intérieur du Burundi.

Toutefois, le Haut-Commissaire a salué certaines « mesures positives », comme la suspension de mandats d'arrêts internationaux pour 15 membres de la société civile, membres de l'opposition et employés des médias.  Suite à la visite du Secrétaire général de l'ONU, plusieurs détenus ont été libérés. Néanmoins, des centaines de personnes seraient encore emprisonnées en raison de leur opposition, réelle ou supposée, au Gouvernement.

Intervenant en tant que pays concerné, le Burundi a déploré que le rapport ait passé sous silence certains évènements et faits antérieurs qui constituent pourtant des faits avant-coureurs du mouvement insurrectionnel organisé par certains radicaux, politiciens activistes de la société civile qui ont pris pour prétexte la candidature de M. Pierre Nkurunziza à sa propre succession.  Les autorités burundaises  ont enfin dénoncé le rôle de la Belgique, « ancienne puissance coloniale qui a semé le venin de la division au Burundi et attisé le feu entre les Hutus et les Tutsi ».

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme ; Propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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