Cameroun : l'impact humanitaire des raids de Boko Haram dans le Logone et Chari

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La Coordinatrice Humanitaire de l’ONU au Cameroun, Najat Rochdi, dans les studios de la Radio de l’ONU à Genève au cours d’un entretient avec Alpha Diallo (Photo: OCHA/ Vanessa Huguenin).

Les raids meurtriers de Boko Haram et ces attentats suicides visant des civils continuent de semer la terreur dans le Bassin du Lac Tchad. Le dernier bulletin du Bureau de l'ONU chargé de la coordination humanitaire note que plus de 2,7 millions de personnes ont été déplacées par les exactions du groupe djihadiste. Et des vies sont ainsi détruites avec son lot de désespoir après chaque passage de Boko Haram. A l'image de la psychose qui prévaut au Nigeria, au Niger ou au Tchad, la situation sécuritaire à l'Extrême Nord du Cameroun demeure toujours précaire. Avec comme conséquence immédiate, une détérioration de la situation humanitaire surtout dans l'Extrême Nord du pays.

 

La Coordinatrice humanitaire de l'ONU parle d'une légère amélioration de la situation sécuritaire à la frontière entre le Nigéria et le Cameroun. Ces progrès sont constatés sur le terrain « depuis l'entrée en vigueur de la force multinationale ». « On n'est pas plus dans une guerre symétrique », fait remarquer Najat Rochdi. En effet depuis la mise en place des comités de vigilance, les acteurs humanitaires ont constaté que les attaques suicides ont beaucoup diminué en raison de la vigilance des populations locales qui essaient désormais de repérer les intrus dans les communautés locales et de démasquer ainsi les kamikazes.

Mais toutes ces mesures n'empêchent pas Boko Haram de sévir dans tout le Bassin du Lac Tchad. Et les dernières exactions du groupe djihadiste à Bosso au Niger rappellent la persistance du mode opératoire des extrémistes nigérians.  Et Najat Rochdi concède d'ailleurs que « les attaques sur les villages camerounais et les pillages continuent ». Et lors de ces raids, le groupe Boko Haram brûle régulièrement les maisons. « Donc de ce point de vue, ça reste une situation très fragile » souligne la Coordinatrice humanitaire.

Du fait de ces raids, des pillages et des exactions de Boko Haram dans tout le Bassin Lac Tchad, les Nations Unies constatent d'ailleurs une détérioration « très inquiétante de la situation humanitaire ». Depuis le début de l'année, le nombre de personnes vulnérables est ainsi passé de 900.000 à 2,4 millions. Cette hausse, la Coordinatrice humanitaire l'explique par le fait qu'en fuyant leurs villages, les civils n'ont pas pu travailler dans leurs champs. « Deuxièmement il y a une insécurité qui fait que les agriculteurs ne peuvent pas travailler dans leurs champs », rappelle Najat Rochdi. Enfin du fait que même les camions et les routiers ne sont pas épargnés par les attaques de Boko Haram, le transport des denrées alimentaires dans l'Extrême Nord devient problématique, occasionnant une rareté des produits et parfois même une augmentation des prix des denrées. Et en raison « des attaques notées dans les départements de Mayo Sava et le Logone et Chari », les humanitaires s'aventurent de moins en moins dans ces zones. Sur cette bande de 25 km le long de la frontière du Nigéria, « des gaps beaucoup plus importants sont répertoriés dans ces endroits que dans d'autres départements où les humanitaires n'ont pas de problème d'accès ».

Des dizaines de milliers de personnes ont donc fui certaines localités du Logone et Chari suite aux raids des djihadistes nigérians. Depuis le début de l'année, le nombre de déplacés internes est passé de 80.000 à 190.000 alors que pour les dernières estimations notent que les Réfugiés nigérians sont passés de 45.000  à 70.000 sur la même période. Et ces derniers, tout comme les communautés d’accueil et les personnes déplacées ont besoin des moyens de subsistance et surtout de protection. Ils ont besoin de services de base, comme la santé, l’éducation, l’eau, l’assainissement. En conséquence l'ONU rappelle que les défis humanitaires sont légion l'Extrême Nord du Cameroun. Et « le Camerounais et la Camerounaise ont autant le droit de vivre et de bien vivre que la Syrienne et le Syrien ». Une façon pour Najat Rochdi de rappeler que les crises du Moyen-Orient ne doivent pas faire oublier le sort de ces millions de personnes victimes des exactions de Boko Haram dans tout le Bassin du Lac Tchad.  L'ONU estime qu'environ 21 millions de personnes vivent dans les zones touchées dans les quatre pays du lac Tchad (Nigeria, Cameroun, Tchad et Niger).

(Interview : Najat Rochdi, Coordinatrice résidente et Coordinatrice Humanitaire de l’ONU au Cameroun ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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14/12/2017
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