Tchad/Sénégal : l'ONU parle d'un verdict historique après la condamnation à la prison à vie de Habré

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Hissène Habré, l’ancien président tchadien (Photo d’archives)

Le tribunal spécial africain a rendu son verdict ce lundi à Dakar. La Chambre africaine extraordinaire (CAE) a reconnu Hissène Habré, 73 ans, coupable de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement. Et les Nations Unies qui saluent un jugement « historique et durement acquis » trouvent que « les répercussions de ce verdict sont mondiales ».

 

Les images relayées par les chaînes d’information en continu ont montré l'ancien Président du Tchad saluant ses partisans après l'énoncé du verdict. L'ancien homme fort de Ndjamena est resté impassible, en boubou et turban blancs, le regard dissimulé derrière des lunettes noires. Pourtant Hissène Habré été condamné lundi à la prison à vie pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre par un tribunal spécial africain à Dakar, au terme d'un procès sans précédent censé servir de leçon aux dirigeants africains, un quart de siècle après sa chute.

C'est la raison pour laquelle, le Chef des droits de l'homme de l'ONU pense que suite aux condamnations, par d'autres cours, de l'ancien Président Charles Taylor et du serbe bosniaque Radovan Karadzic, « la condamnation et la peine prononcées contre Hissène Habré montrent que même les chefs d'Etat et autres dirigeants qui commettent de terribles crimes auront finalement à rendre des comptes ». Une façon pour Zeid Ra'ad Al Hussein de rappeler la portée du procès de Dakar, au Sénégal. « Bien qu'il puisse faire l'objet d'un appel, ce verdict envoie un message clair aux personnes responsables de graves violations des droits de l'homme à travers le monde », fait remarquer le Haut-Commissaire de l'ONU. Selon le Chef du Palais Wilson, ce verdict rappelle que « nul n'est au-dessus de la loi » et que les bourreaux et autres dictateurs « pourraient aussi être traduits en justice pour leurs crimes ».

Pourtant ce procès ne fut pas un long fleuve tranquille. « Après des années de lutte et de nombreux déboires sur le chemin de la justice, ce verdict est aussi historique que durement acquis », souligne d'ailleurs Zeid Ra'ad Al Hussein qui espère « sincèrement qu'aujourd'hui, enfin, les victimes d'Habré pourront ressentir un certain soulagement ».

Ce procès est le premier au monde dans lequel un ancien chef d’Etat est traduit devant une juridiction d’un autre pays pour violations présumées des droits de l’Homme. A cet égard, l'ONU « salue l'accord innovant entre le Sénégal et l'Union africaine qui a permis à ce cas d'avancer. Il s'agit d'un excellent exemple de leadership et d'appropriation régionaux du combat contre l'impunité pour les crimes internationaux ».

Il faut juste rappeler que  Hissène Habré a dirigé le Tchad pendant huit ans (1982-1990) avant d’être renversé par un de ses anciens collaborateurs, l’actuel président Idriss Deby Itno, et de se réfugier au Sénégal en décembre 1990.  Arrêté le 30 juin 2013, il était jugé depuis le 20 juillet 2015 par les Chambres africaines extraordinaires (CAE), créées en vertu d’un accord entre le Sénégal et l’Union africaine (UA), qu’il récuse et devant lesquelles il refuse de s’exprimer ou de se défendre.

En cas de condamnation définitive, il purgera sa peine au Sénégal ou dans un autre pays de l’Union africaine (UA).

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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