Crimée : l’ONU appelle la Russie à faire respecter les droits des minorités Tatars

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La porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, Cécile Pouilly. Photo: ONU

« Au cours des deux dernières années, nos services ont documenté des persécutions croissantes dont sont victimes des Tatars de Crimée ». Face à cette situation, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a appelé ce mardi à Genève la Russie à veiller à ce que les droits des minorités et des peuples autochtones soient respectés sur ce territoire. Cet appel intervient alors que demain jeudi 18 mai, marquera l’anniversaire de la déportation, en 1944 durant la Seconde Guerre mondiale, de près de 200.000 Tatars de Crimée ».

Au rang des persécutions dont sont victimes des Tatars de Crimée, les services du Haut-Commissaire Zeid citent le sort des membres du Mejlis, l’organe représentatif de cette communauté minoritaire, et leurs partisans qui ont régulièrement fait l’objet d’intimidations, de harcèlement et d’emprisonnement, « souvent suite à des accusations douteuses ». A cet égard, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme s'est inquiété « par l’interdiction imposée aux Mejlis par la dite ‘Cour suprême’ de Crimée, le 26 avril ». En effet, cette agence des Nations Unies basée à Genève redoute que « la désignation des Mejlis comme une organisation extrémiste par ce ‘tribunal’ n’expose encore davantage les Tatars de Crimée à des violations des droits de l’homme et des punitions collectives ».

Et sur le terrain, la pression ne faiblit contre cette minorité. Depuis avril 2014, les Tatars de Crimée ont été soumis à des fouilles arbitraires, des saisies de livres et des arrestations irrégulières, sous des motifs douteux. Leurs plaintes pour mauvais traitements ont été abandonnées sans qu’il n’y soit donné suite. « Aucun progrès n’a par ailleurs été fait concernant l’enquête sur la mort du Tatar de Crimée Reshat Ametov, un activiste tué en mars 2014, après avoir été exfiltré d’une manifestation pacifique par des « hommes en uniformes de style militaire », a d'ailleurs déploré Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat, lors d'un point de presse ce mardi à Genève.

« Nous rappelons à la Fédération de Russie, qui exerce un contrôle de fait sur le territoire de Crimée, son devoir de veiller à ce que les droits des minorités et des peuples autochtones soient respectés, et qu’ils ne soient pas victimes de discrimination et de harcèlement », a déclaré M. Colville, exhortant également les autorités russes à lever immédiatement l’interdiction contre le Mejlis et à veiller à ce que les libertés d’expression, d’information, de réunion pacifique, de religion ou de conviction soient respectées pour tous les habitants de la Crimée.

Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme a rappelé que les Tatars de Crimée ont été l’une des huit « nations ethniques » à avoir été intégralement déracinées de force de la partie occidentale de l’Union soviétique par le chef de la police secrète de Staline, Lavrenti Beria, et déportées en Asie centrale ou en Sibérie. « À partir du 18 mai 1944, environ 200.000 Tatars de Crimée, ont été rassemblés dans des trains, la plupart d’entre eux en à peine deux jours, et envoyé en Ouzbékistan. Des milliers seraient morts pendant le voyage », ont souligné les services du Haut-Commissaire Zeid, ajoutant qu’ils ont été l’un des derniers, parmi ces huit « peuples déportés », à être finalement autorisés à retourner dans leur patrie d’origine, après un accord conclu en 1999 entre l’Ukraine et l’Ouzbékistan.

(Interview: Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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18/10/2017
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