Boko Haram: dix fois plus d’enfants utilisés dans des attaques-suicides, selon l’UNICEF

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Un père de famille montre les photos de sa fille de 18 ans et de son fils de 6 ans, tous deux kidnappés par Boko Haram lors d’une attaque menée sur son village au Nigéria. UNICEF / Sebastian Rich

Dix fois plus d’enfants utilisés dans des attaques-suicides. C’est la tragique augmentation du nombre d’enfants impliqués dans des attaques-suicides entre 2014 et 2015, dans la région du Bassin du Lac Tchad où sévit le groupe djihadiste nigérian Boko Haram. Le nombre d'enfants impliqués dans des « attaques-suicides »au Nigeria, au Cameroun, au Tchad et au Niger est ainsi passé de quatre en 2014 à 44 en 2015. Selon ce nouveau rapport de l'UNICEF publié aujourd'hui, plus de 75 % des enfants impliqués dans ces attaques sont des filles.

Les enfants sont en première ligne dans la stratégie de Boko Haram pour commettre ses exactions. Le groupe djihadiste utilise de plus en plus d’enfants dans ses attentats-suicides qui ravagent le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger. En 2014, le groupe avait utilisé 4 enfants contre 44 en 2015, ressort-il d’un rapport publié par l’Unicef ce mardi à Genève. Publié deux ans après l'enlèvement de plus de 200 écolières à Chibok, ce rapport, intitulé Beyond Chibok (Au-delà de Chibok), met en lumière des tendances alarmantes dans les quatre pays où Boko Haram a été actif au cours des deux dernières années. Entre janvier 2014 et février 2015, le Cameroun a enregistré le nombre le plus important d'attaques-suicides impliquant des enfants (21), suivi par le Nigeria (17) et le Tchad (2). Selon le document, près d'un auteur d'attaque-suicide sur cinq était un enfant et trois quarts de ces enfants étaient des filles. En 2015, 89 de ces attaques ont eu lieu au Nigeria, 39 au Cameroun, 16 au Tchad et 7 au Niger.

Or ce phénomène « crée une atmosphère de peur et de suspicion qui a des conséquences dévastatrices » pour les enfants, notamment ceux qui ont été libérés après avoir vécu en captivité au sein de groupes armés, désormais considérés comme une menace potentielle pour leurs communautés, souligne l’Unicef. De même, les enfants nés de mariages forcés ou à la suite de violences sexuelles « se heurtent aussi à la stigmatisation et la discrimination » dans leurs villages et dans les camps de déplacés. « Soyons clairs : ces enfants sont des victimes, pas des responsables, » fait remarquer Manuel Fontaine, Directeur régional de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale. « Tromper des enfants et les forcer à commettre des actes meurtriers est un des aspects les plus atroces de la violence au Nigeria et dans les pays voisins. »

En outre, il ressort du rapport de l’Unicef que près d’1,3 million des enfants des quatre pays sont expatriés. Environ 1800 écoles sont fermées, dont une grande partie est ruinée ou pillée.

Dans ces conditions, l’Unicef demande plus de soutien financier. Cette année, 11 % seulement des 97 millions de dollars nécessaires à l'action humanitaire de l'UNICEF ont été recueillis. L'agence onusienne appelle les bailleurs de fonds à accroître leurs engagements pour contribuer à aider les enfants et les femmes du Nigeria, du Niger, du Cameroun et du Tchad victimes de cette crise.

(Interview : Laurent Duvillier, porte-parole du Bureau régional de l'UNICEF à Dakar; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/12/2017
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