Tchernobyl : 30 ans après la catastrophe, l’ONU n’a pas fini d’en tirer les leçons

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La centrale nucléaire de Tchernobyl (Photo: AIEA/Petr Pavlicek)

A l’occasion du 30ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, trois hauts responsables de l’ONU sont revenus mardi sur les conséquences dramatiques de cet accident, tout en soulignant les efforts de coopération internationale auxquels il a donné lieu en matière de sécurité nucléaire.

« Je ne pourrai jamais oublier ma visite du site de l’accident il y a cinq ans. Le réacteur recouvert de béton, les maisons et les villages alentours abandonnés et le sens de la vie brisé par cette tragédie soudaine m’ont bouleversé », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans un message rendu public pour l’occasion.

Selon la presse, le samedi 26 avril 1986, le réacteur nucléaire N°4 de la centrale de la ville de Tchernobyl, au nord de l’Ukraine, a explosé, libérant des quantités d’éléments radioactifs dans l’atmosphère. Il s’agissait du premier incident de ce type à être classé au niveau 7, le plus élevé, sur l’échelle internationale des événements nucléaires (le second étant la catastrophe de Fukushima, au Japon, du 11 mars 2011).

« La catastrophe a eu des conséquences humanitaires, environnementales, sociales et économiques graves. Elle a créé un nuage radioactif dans toute une partie de l’Europe du nord, et ses effets se font encore sentir dans la région et dans le monde entier », a indiqué M. Ban.

Le Secrétaire général a rappelé que ce 30ème anniversaire offre l’occasion de faire le bilan des enseignements tirés depuis la catastrophe et d’apprécier une fois de plus les « efforts héroïques » des premiers intervenants qui se sont précipités dans le réacteur endommagé, sacrifiant leur santé, et dans de nombreux cas, leur vie, pour en sauver bien d’autres.

Le chef de l’ONU a aussi souligné les efforts récents déployés par l’Organisation pour aider les habitants de la région de Tchernobyl, y compris la proclamation en 2006 par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) de la Décennie du relèvement et du développement durable pour les régions touchées, assortie d’un plan d’action de l’ONU sur Tchernobyl. Tous deux sont censés prendre fin le 31 décembre 2016.

« La tragédie de Tchernobyl sera toujours liée à la sûreté nucléaire », a par ailleurs déclaré M. Ban, ajoutant que l’accident a conduit à une nouvelle prise de conscience des questions de sécurité, donnant lieu à d’importantes améliorations dans la réglementation des centrales nucléaires à travers le monde.

« Les pays disposant de l’énergie nucléaire ont commencé à échanger des informations et partager leur expérience comme jamais auparavant », a déclaré de son côté le Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, dans un communiqué de presse.

Souligné combien l’incident de Tchernobyl a contribué à des avancées en termes de coopération internationale sur la sûreté nucléaire, le Directeur général a en effet précisé que d’importants instruments juridiques ont été adoptés depuis, tels que la Convention sur la sûreté nucléaire, et qu’un système d’examen de la sûreté nucléaire par les pairs a été établi.

Dans le cadre d’une cérémonie commémorative en l’honneur du 30ème anniversaire de la catastrophe, qui a eu lieu mardi à l’Assemblée général de l’ONU, le Président de l’Assemblée, Mogens Lykketof, a quant à lui rappelé que des centaines de milliers de personnes ont été touchées par de fortes doses de radiations suite à la catastrophe, qui a forcé plus de 300.000 personnes à quitter leurs foyers dans les régions les plus contaminées.

Précisant que, 30 ans après l’incident, les communautés touchées ne se sont toujours pas complètement remises, le Président de l’Assemblée a appelé la communauté internationale à ne pas interrompre son aide aux victimes.

« Dans le futur immédiat, nous devons continuer à faire preuve de solidarité internationale afin que les personnes les plus touchées par cet accident soient en mesure de récupérer au maximum », a-t-il déclaré.

Le Belarus a été le premier pays a prendre la parole lors de la ceremonie, representé par représentante de l'ONG Chernobyl Children international, Adi Roche.

Ce pays d'Europe de l'Est avec une population de 10 millions d'habitants avait reçu 70 pourcent des retombées radioactives, affectant plus de 20 pour cent de sa population, dont 500.000 enfants.

Adi Roche a notamment présenté un plaidoyer en 6 points, comprenant l'établissement d'un fond d'aide pour les « liquidateurs », un financement pour l'assistance médicale aux habitants des zones touchées, une demande pour que les zones contaminées soient maintenus libre d'exploitation agricoles et ne soient pas repeuplées, mais aussi l'aide de l'ONU et la communaute internationale pour aider à construire un nouveau sarcophage et procéder au démantèlement.

« Afin de ne pas répéter l'histoire de Tchernobyl, je fais appel aux Nations Unies, à leur pouvoir et à leur influence, pour que soit terminée la construction du nouveau sarcophage de béton, cette enceinte de confinement qui est un bouclier de sécurité vital et qui doit recouvrir le réacteur 4 afin de protéger le monde des matières hautement radioactives encore présentes dans le réacteur » a imploré l'Irlandaise engagée, ajoutant « Il nous faut passer rapidement à la prochaine étape qui est de démanteler, de retirer et de stocker en toute sécurité ces centaines de tonnes de matières radioactives, un projet inédit et qui nécessite une toute nouvelle expertise ».

 

 

(Extrait sonore : Adi Roche, Chernobyl Children International)

 

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20/10/2017
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