Syrie : Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme condamne le « mépris monstrueux » pour la vie des civils

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Des déplacés à Alep en Syrie. Photo: OCHA / Josephine Guerrero (archives)

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a déclaré vendredi que les derniers rapports faisant état de morts et de blessés civils, y compris lors de bombardements de marchés syriens et d'installations médicales, a révélé un « mépris monstrueux pour la vie des civils par toutes les parties au conflit ». Il a exhorté toutes les parties à ne pas revenir à une « guerre totale. »

« Les rapports en provenance d’Alep, de Homs, de Damas et de Damas rural, d'Idlib et de Deir ez-Zour font état de nombreuses victimes civiles », a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein. « A Idlib, la semaine dernière, le 19 avril, les bombes auraient été larguées sur un marché aux légumes de Maarat al-Nu’man, le quartier le plus animé de la ville, au moment où le marché était le plus bondé, tuant au moins 44 personnes et détruisant des dizaines de boutiques. Dans la ville de Kafr Nabel, des bombes sont de nouveau tombées sur un marché dans le quartier le plus animé de la ville, manquant de peu un centre aéré hébergeant cinquante enfants âgés de 6 à 10 ans. »

« Dans la partie contrôlée par l’opposition à Alep, au cours des derniers jours, des avions pro-gouvernementaux ont détruit un hôpital-clé et d’autres installations médicales tuant un certain nombre de personnel médical, y compris le dernier pédiatre de la région, ainsi que de nombreux patients. Dans la partie contrôlée par le gouvernement à Alep, un autre hôpital a été frappé et de nombreux civils tués lors d'attaques lancées dans un certain nombre de quartiers. »

« En bref, la violence est montée en flèche pour atteindre les niveaux que nous avons vus avant la cessation des hostilités. Il y a des rapports très inquiétants de concentrations militaires indiquant les préparatifs d’une escalade mortelle. »

Le Haut-Commissaire a fait valoir qu'une « action urgente est nécessaire par tous les acteurs concernés pour assurer la protection des civils et leur droit à la vie, ainsi que pour lutter contre l’impunité qui a tant fait pour encourager la multitude de violations horribles du droit international humanitaire et du droit international des droits humains qui ont eu lieu en Syrie au cours des cinq dernières années ».

« Dans le contexte d’une telle situation catastrophique, l’incapacité persistante du Conseil de sécurité de déférer la situation en Syrie à la Cour pénale internationale est un exemple de la forme la plus honteuse de la Realpolitik. Dans l’esprit d’un grand nombre, les grandes puissances du monde sont en effet devenues complices du sacrifice de centaines de milliers d’êtres humains, et du déplacement de millions d'autres. Il n’y a actuellement aucun élément dissuasif pour arrêter les nombreux criminels de guerre en Syrie qui contribuent à la spirale sauvage de mort et à la destruction qui a englouti le pays. »

C'est pourquoi, le Haut-Commissaire exhorte la communauté internationale à répondre à la terrible souffrance du peuple syrien en faisant montre de la résolution qui a tant fait défaut depuis si longtemps. « La cessation des hostilités et les pourparlers de Genève étaient les seules vraies options disponibles. Or, si elles sont abandonnées maintenant, je crains que nous allons voir davantage d'horreurs en Syrie, » a-t-il déclaré.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme; propos recueillis par Jérôme Longué)

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08/12/2017
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