Malawi : les personnes atteintes d'albinisme menacées d'extinction totale, selon une experte de l'ONU

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L'Experte indépendante des Nations Unies sur les droits des personnes atteintes d'albinisme, Ikponwosa Ero. Photo : HCDH / Christine Wambaa

L’Experte indépendante des Nations Unies sur les droits des personnes atteintes d’albinisme, Ikponwosa Ero, a averti vendredi que les atrocités commises contre ces personnes au Malawi en font un groupe menacé d’extinction au fil du temps si rien n’est fait.

« Les personnes atteintes d’albinisme, et les parents d’enfants atteints d’albinisme, vivent constamment dans la crainte d’une attaque. Beaucoup ne dorment pas paisiblement et ont délibérément restreint au minimum nécessaire leurs déplacements », a déclaré l’experte dans un communiqué de presse à l’issue de sa première visite officielle au Malawi.

« L’implication fréquente de proches parents dans des attaques est très inquiétante, et les personnes atteintes d’albinisme sont incapables de faire confiance y compris à ceux qui sont censés prendre soin d’eux et les protéger », a noté Mme Ero. « Par conséquent, les personnes atteintes d’albinisme dans le contexte actuel d’attaques sont prises dans une spirale de peur et de pauvreté ».

L’experte a salué le lancement d’un plan d’intervention par le gouvernement en 2015 et s’est félicitée de son contenu. Toutefois, elle a noté que « l’absence de ressources liées à ce plan a considérablement retardé sa mise en œuvre » et que « cette situation d’urgence a besoin d’une intervention d’urgence ».

Selon Mme Ero, les condamnations devant la justice ne reflètent pas toujours la gravité du crime. « Comme l’ont souligné divers acteurs lors de ma visite, le vol d’une vache peut aboutir à une peine plus élevée », a-t-elle dit.

« Le retour rapide des suspects dans leurs communautés, que ce soit en raison de l’usage de cautions, d’amendes ou de faibles peines, augmente la peur dans laquelle les personnes atteintes d’albinisme vivent, envoie un message d’impunité aux communautés touchées et augmente les risques de lynchages », a-t-elle ajouté.

L’experte a recommandé la formation des policiers, des procureurs et des magistrats pour améliorer la connaissance du cadre législatif actuel applicable à ces cas, la coopération entre la police et le ministère public, et des ressources suffisantes pour le procureur spécial nouvellement nommé.

Mme Ero a estimé que des mesures plus immédiates sont nécessaires, notamment le fait que ces affaires soient traitées par des magistrats professionnels.

Elle a salué les mesures de protection adoptées par la police communautaire et les autorités traditionnelles, ainsi que le soutien apporté par les communautés à leurs membres atteints d’albinisme. « L’intervention rapide de voisins lors d’attaques a dans plusieurs cas conduit à sauver des personnes atteintes d’albinisme et arrêter des responsables », a-t-elle dit.

Selon elle, il est indispensable de traiter les causes profondes des attaques. Elle a jugé inquiétant de constater que les croyances et les pratiques de sorcellerie sont répandues au Malawi, même si elles sont souvent un sujet tabou.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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11/12/2017
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