Journée de la sécurité et de la santé au travail : l'OIT met en garde contre les risques liés au stress

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Des hommes travaillent dans une usine qui fabriquent des manteaux à Chimaltenango, au Guatemala. Photo Banque mondiale/Maria Fleischmann

A l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, le Directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), Guy Ryder, a appelé jeudi à protéger la santé mentale des travailleurs contre les conséquences du stress lié au travail en privilégiant l’action préventive.

Pour l’édition 2016 de cette Journée, l’OIT a souhaité mettre en lumière le stress au travail et ses effets néfastes sur la santé et le bien-être des travailleurs dans le monde entier.

« Le stress lié au travail est un problème qui concerne les travailleurs de toute profession dans les pays développés comme dans les pays en développement. Il peut gravement compromettre leur santé ainsi que, trop souvent, le bien-être des membres de leur famille », a déclaré M. Ryder dans une déclaration.

L’OIT définit le stress comme la réponse physique et émotionnelle nocive causée par un déséquilibre entre les exigences perçues et les capacités et ressources perçues des individus pour faire face à ces exigences.

Le Bureau international du travail (BIT) note qu'il existe différentes causes de stress auxquelles les travailleurs des services publics sont exposés. La plus courante est la réduction progressive des effectifs qui touche tous les secteurs des services publics. Les politiques d'austérité, le dogme « le privé, c'est mieux » et les coupes sombres pratiquées dans les dépenses publiques ont réduit de manière drastique le nombre de travailleurs dans tous les services publics. Ces facteurs ne manquent pas d'exercer des pressions sur les travailleurs qui doivent produire davantage avec moins de moyens.

L'idéologie de la privatisation et de la mise en concurrence met l'accent sur la quantité des services qui doivent être fournis et sur les budgets plutôt que sur la qualité, ce qui rend l'avenir plus qu'incertain pour de nombreux travailleurs. Les politiciens et les décideurs devraient déjà savoir qu'une approche commerciale et que le mantra économique « investir 1 dollar pour en récupérer 2 » ne fonctionnent pas dans les services publics qui se doivent d'être de qualité et accessibles à tous.

Par ailleurs, les secteurs les plus importants, comme les soins de santé et les services sociaux, l'éducation, les services d'urgence et de sécurité sont, par nature, à très forte intensité de main-d'œuvre et impliquent des relations personnelles, voire un contact physique avec les usagers. Il s'agit là d'un facteur déterminant de stress, qui occasionne souvent des troubles mentaux et provoque un syndrome d'épuisement professionnel ou burnout pour de nombreuses professions des services publics (infirmiers, médecins, pompiers, enseignants, personnels soignants, gardiens de prison, mais aussi inspecteurs du travail et inspecteurs des impôts). La responsabilité de vies humaines constitue aussi une importante cause de stress qui est souvent ignorée des employeurs, mais aussi des usagers.

Enfin une dernière cause, et non des moindres, est la violence causée par des tiers, dont font l'objet les travailleurs des services publics, bien davantage que les travailleurs des autres secteurs industriels.

L'impact le plus marquant du stress ressenti par les travailleurs des services publics est l'absence de motivation au travail et de fierté pour leur mission, et on note également des effets notoires sur la qualité des services fournis aux usagers et à la collectivité. Dans les services de soins de santé et les services sociaux, de même que dans tous les services d'urgence et de premiers secours appelés à intervenir lors des catastrophes naturelles et des épidémies, le contact permanent avec la souffrance ainsi que la responsabilité de parer aux urgences est souvent une cause de dépression et de burnout. De plus, les travailleurs des services publics ont souvent des conditions de travail dangereuses du fait qu'ils mettent leur vie en danger pour en sauver d'autres, et ce sentiment d'insécurité permanente est un facteur de stress patent.

L'application des réglementations et normes en vigueur régissant la protection du travail est indispensable. La reconnaissance du droit d'association et de négociation collective des travailleurs dans tous les secteurs, y compris le secteur public, est la première étape pour instaurer un environnement de travail salubre et non anxiogène.

Il est également primordial de s'attaquer à tous les facteurs de stress et, à cet égard, la révision de la recommandation (n° 71) sur l'emploi (transition de la guerre à la paix) , donne l'occasion à l'OIT d'examiner certains de ces problèmes, au moins dans le cadre des situations en question. Mais ces droits et ces protections devraient aussi s'étendre à d'autres travailleurs, comme ceux qui sont engagés dans des opérations d'urgence ; ce qu'il nous faut, ce sont des normes de l'OIT ainsi que des politiques publiques et des législations les concernant, et non des initiatives privées qui risquent d'annihiler les réglementations existantes régissant la sécurité et la santé au travail. Il importe donc de valoriser le rôle des travailleurs du secteur public en réalisant les objectifs de développement durable et en investissant dans les services publics plutôt qu'en réduisant les ressources financières.

(Interview : Valentina Forastieri, Coordonnatrice de l'Unité de la sécurité et de la santé au travail au sein du Bureau international du travail; propos recueillis par Jérôme Longué)

 

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20/10/2017
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