Génocide au Rwanda : une survivante raconte son calvaire et sa quête de thérapie

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Félicité Lyamukuru, Survivante du génocide de 1994 au Rwanda, qui a livré à Genève un témoignage poignant sur cette tragédie (Photo: ONU/J. M. Ferré)

Prévention, lutte contre l'idéologie génocidaire et combat contre l'impunité, tels sont les axes du discours du Directeur général de l'ONU à Genève lors de la Journée internationale de réflexion sur le génocide de 1994 au Rwanda. Au cours de cette cérémonie qui a eu lieu hier lundi au Palais des Nations, le Conseiller de l'ONU sur la prévention du génocide a de son côté appelé à la vigilance pour conjurer la menace de l'oubli. Selon Adama Dieng, cette « thérapie individuelle doit se conjuguer avec la nécessité absolue de maintenir vivace la mémoire de l'innommable, mémoire sans laquelle, les humains seraient voués à répéter les horreurs du passé ».  Des mots qui sont allés droit au cœur d'une survivante du génocide rwandais. Félicité Lyamukuru a ainsi livré un témoignage poignant. Et vingt-deux ans après, les plaies à vif d’une rescapée du génocide rwandais …

Ce sont des paroles fluides entremêlées d'émotion. Des mots certes douloureux mais libérateurs pour cette rescapée du génocide des Tutsis du Rwanda. Félicité Lyamukuru agite ces souvenirs pour mieux planter le sinistre décor de cette chapelle de Gisenyi où 80 personnes ont été abattues à la machette.

« Le ciel me tombe sur la tête en ce moment-là. Tout le monde est tué dans cette salle. Il y a juste mon oncle, le seul homme dans cette salle, on l'avait sectionné les bras et les jambes, mais il était encore en vie. On nous évacue, on va vers l'Evêché, une cathédrale érigée sur une colline et il y a plusieurs autres tutsis qui sont déjà réfugiés là. On ne sait pas ce qui va se passer, mais en tout cas c'est parti dans l'horreur ».

L'horreur, c'est d'apprendre ensuite qu'elle a perdu non seulement sa maman, ses cinq frères et sœurs, mais de réaliser par la suite que son papa a été enterré vivant.

« Perdre un proche dans une tragédie c'est très difficile de faire le deuil. Mais les perdre tous en même temps, père, mère, frères, sœurs, tantes, oncles, grands-parents, marraine, parrain, voisins, amis. On est dans une autre dimension ».

Au printemps 1994, l'horreur est partout au Rwanda et les tutsis sont à la merci des escadrons de la mort hutus, armés de machettes et de bâtons surmontés de clous.  Mais Félicité Lyamukuru arrivera à s'extirper de ce piège des collines et se réfugier plus tard en République démocratique du Congo. Là-bas, elle retrouvera l'autre seul rescapé de sa famille, son jeune frère parti au moment du génocide rendre visite à une tante.

Après s’être tue pendant près de 20 ans, Félicité a brisé le silence en livrant son récit, comme ce témoignage poignant au Palais des Nations à Genève. Cette rescapée de 39 ans qui vit désormais en Belgique voit désormais “la vie reprendre son cours”. On réussit enfin à arracher un petit sourire à Félicité qui veut rester dans l'humanité pour élever ses quatre enfants.

« Je remercie la vie parce que je me rends compte que quand on s'accroche, elle peut être belle par moment. Merci ! »

Ci-dessous l’entretien intégral de Félicité Lyamukuru:

(Correspondance d'Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores de Félicité Lyamukuru, Survivante du génocide de 1994 au Rwanda)

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17/10/2017
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