"Dans la lutte contre le monstre du terrorisme il ne faut pas devenir le monstre", affirme un expert de l'ONU

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A l’approche de la table ronde de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) prévue à Banjul, en Gambie, le 11 Avril prochain, 18 experts de l'ONU ont appelé cette semaine tous les gouvernements africains à mettre pleinement en œuvre les recommandations de la Commission, afin de respecter les droits de l'homme dans le contexte de la lutte contre le terrorisme.

Plusieurs des principes évoqués dans les recommandations ont déjà été adoptés par plusieurs pays africains, à l'instar de ceux sur la prévention de la torture ou sur les conditions de détention.

"Ce qui est important de ces recommandations c'est qu'elles regroupent tous les aspects d'obligation des États de ne pas commettre à leur tour un 'terrorisme d'État' ", a affirmé Alfred de Zayas, l'expert indépendant pour la promotion de la démocratie et un ordre international équitable et l'un des signataires de la déclaration des experts onusiens.

Elles devraient ainsi permettre à toutes les personnes chargées de l'administration de la justice en Afrique de connaître l'ensemble de ces principes directeurs.

Selon l'expert indépendant dans le passé dans la « soit disant » lutte contre le terrorisme plusieurs États ont utilisé des méthodes inacceptables, à l'instar de celles enregistrées à Abu Ghraib, en Iraq, ou a Guantanamo.

En Afrique, les groupes terroristes comme l'EIIL, Boko Haram et d’autres moins connus, apportent des dommages et des souffrances à d'innombrables personnes.

Alfred de Zayas estime que bien qu'il faut punir les auteurs des actes terroristes et les tenir hors d'état de nuire la société,  l'État dans sa lutte contre le « monstre du terrorisme » ne doit pas lui même « devenir le monstre ».

« On ne peut vaincre le terrorisme qu'à condition de respecter les droits humains des terroristes » affime-t-il.

Le manque de moyen et de ressource en Afrique pour assurer  que les confessions des détenus soient libres et que ces derniers soient bien conseillés, par exemple, peuvent compliquer la tâche, affirme l'expert.

Alfred de Zayas défend également les défenseurs des droits de l'homme des terroristes qui sont souvent traités comme des traîtres et subissent des représailles.

Il souligne par ailleurs l'importance des lanceurs d'alerte pour avertir les États de rester dans les limites de la Loi sans pour autant être à leur tour traités comme des terroristes, citant le cas de Julian Assange qui a aidé à exposer les exactions à Abu Ghraib.

Toutes les stratégies et les politiques adoptées par les États pour lutter contre le terrorisme doivent être fermement ancrées et conforme au droit international, en particulier les droits de l'homme, le droit des réfugiés et du droit international humanitaire.

Alfred De Zayas invite les participants de la table ronde, lundi, à éduquer toutes les personnes impliquées dans l'administration de la justice –police, avocats et juges—dans ces principes et promouvoir une activité accrue de la part des institutions des droits de l'homme dans leur monitoring et mise en œuvre.

 

(Extrait sonore : Alfred de Zayas, expert indépendant pour la promotion de la démocratie et un ordre international équitable; propos recueillis par Cristina Silveiro)

 

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15/12/2017
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