Comité sur les droits des migrants : sur la route des migrants sénégalais en Libye

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Des garde-côtes italiens sauvant des migrants et des réfugiés en provenance de Libye (Photo: OIM / Francesco Malavolta)

L'examen du rapport sur les droits des travailleurs migrants du Sénégal s'est achevé ce jeudi matin à Genève. Et Dakar était notamment entendu par les experts du Comité de l'ONU pour la protection des migrants sur les mesures prises pour protéger les droits de ses ressortissants renvoyés d’Europe et de certains pays nord-africains. Une façon de demander au Sénégal de fournir des informations sur l'existence de contrôles migratoires effectués sur le territoire terrestre et maritime sénégalais afin de combattre la migration irrégulière au départ du Sénégal.

 

Les données fournies par Dakar devant le Comité de l'ONU pour la protection des migrants montrent que le Sénégal a accueilli 245.000 étrangers, soit 2 % de la population. L'essentiel de ces immigrants vient de l'Afrique de l'ouest avec 84 %.  Terre d'accueil, le Sénégal fournit également une main d'œuvre essentiellement en Europe (44,4%) et en Afrique centrale (27,5%). Sur la période 2009 à 2013, il résulte du recensement que 165.000 Sénégalais sont partis à l'étranger, soit 1,2% de la population. Il ne s'agit que ceux qui sont partis légalement. Et les Sénégalais sont des candidats à l'émigration.

Les derniers statistiques de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) montrent que de près de 20.000 ressortissants d'Afrique Subsaharienne (dont majoritairement de l'Afrique de l'Ouest) ont rejoint les côtes siciliennes depuis janvier dernier. Selon cette institution basée à Genève, les Sénégalais sont le troisième contingent en Italie depuis le début de l'année avec 1.661 ressortissants. Ils sont devancés par le Nigéria (3.415) et la Gambie (1.661).

Ces arrivées en Sicile et en Espagne auraient été beaucoup plus importantes sans un meilleur contrôle des frontières maritimes sénégalaises. Devant le Comité de l'ONU pour la protection des migrants, l'Ambassadeur du Sénégal à Genève a indiqué qu'aucun départ de migrants à partir des côtes sénégalaises n'a été signalé depuis quatre ans et la mise en œuvre du projet européen Frontex.

« Depuis la mise en place du projet Frontex avec l'Union européenne, il n'y aucun départ de migrants à partir des côtes sénégalaises, fait remarquer Baba Cissé, Représentant permanent du Sénégal auprès de l'ONU à Genève. Cela fait au moins quatre ans qu'aucune embarcation n'est partie du Sénégal vers l'Europe. En fait, c'est un changement de stratégies des réseaux de l'émigration clandestine. Lorsque la voie de l'Atlantique a été fermée avec le projet Frontex, maintenant les émigrés potentiels prennent la route jusqu'à Bamako. De Bamako, ils remontent soit vers le Burkina Faso, le Niger, la Libye, espérant pouvoir traverser (la Méditerranée). Et s'ils sont bloqués en Libye, il y a deux jours, on nous a signalé une embarcation avec plusieurs dizaines de migrants à bord, lesquels ont tous péri. Il est extrêmement difficile dans les conditions sécuritaires qu'il y a en Libye de pouvoir identifier et procéder au rapatriement ».

L’examen du rapport du Sénégal a également porté sur le respect des droits des travailleurs migrants originaires des pays touchés par le Virus Ebola. En effet, le Comité de l'ONU indique avoir reçu des informations selon lesquelles les « travailleurs migrants en provenance des pays touchés par l'épidémie à virus Ebola seraient victimes de discrimination et de stigmatisation affectant notamment leurs droits à la santé, à l'éducation, au travail équitable et au logement, et seraient souvent victimes de harcèlement ». En réponse à ces allégations, Dakar note qu'il « n'y a pas de cas relevés de discrimination. D'ailleurs, le premier cas de maladie à virus Ebola a touché un étranger qui a été pris en charge totalement par l'Etat du Sénégal et soigné sur place ».

« En fait, cette épidémie concernait plutôt les pays voisins du Sénégal. Et nous, ce dont il s'est agi au Sénégal, c'était plutôt des mesures de prévention pour éviter la propagation de l'épidémie au niveau de notre territoire. Donc le seul cas de malade d'Ebola a été connu au Sénégal était un cas qui venait d'un pays voisin. Donc il n'y a pas eu de mesures spécifiques prises par le Gouvernement dans le cadre de cette épidémie et qui auraient permis avoir des répercussions qui auraient pu découler ou déboucher sur une discrimination au travail. Fort heureusement, cela n'a pas été le cas ».

A Genève, les experts ont interpellé Dakar sur les sanctions prévues par le gouvernement pour réprimer l’exploitation des «enfants migrants » à des fins économiques.

(Extrait sonore : Baba Cissé, Représentant permanent du Sénégal auprès de l'ONU à Genève)

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23/10/2017
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