Terrorisme : Jean Fahed, le Président de la Cour de cassation du Liban souligne la mondialisation croissante du fléau

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La ville de Tripoli, dans le nord du Liban. Photo: IRIN/Anja Pietsch

Sur le thème « Le jugement efficace des affaires de terrorisme », le Comité du Conseil de sécurité concernant la lutte antiterroriste, créé par la résolution 1373 (2001), a tenu jeudi après-midi, au Siège, une réunion d'information.

L'objectif de la réunion d'information publique est la sensibilisation aux principaux défis auxquels sont confrontés les juges lors de jugement d'affaires de terrorisme et de souligner le rôle spécial des juges de la Cour suprême dans le renforcement des capacités des États à traduire les terroristes en justice.

Lors de son intervention, le Président de la Cour de cassation du Liban, Jean Fahed, a rappelé que son pays, a déjà connu une des formes du terrorisme dès 1923. Il a instauré une Cour de Justice pour juger en premier et dernier ressorts ce qu'on appelait les raids. Ces raids, qui se sont proliférés en Palestine dès 1919, se définissaient par des incursions dans les villes et villages pour semer la terreur.

Jean Fahed a fait valoir que, au fil des ans, la terreur n'a cessé de se métamorphoser au Liban tout en gardant la même recette, notamment l'exploitation des drames populaires pour provoquer l’explosion du pouvoir. Guerres communautaires, guerres fratricides, prises d'otages, attentats à la voiture piégée, attentats à la bombe, attentats suicide, guerres supposées saintes, enlèvements, décapitations ont laissé des milliers de victimes dont deux Présidents de la République et un Premier Ministre en fonction ainsi que plusieurs hommes politiques et hauts responsables.

Le Président de la Cour de cassation libanaise, a rappelé qu'avec la révolution communicationnelle, le terrorisme s'est mondialisé, utilisant les nouvelles technologies et des sources financières abondantes pour former des entreprises transfrontalières professionnelles de tueurs, encore plus grandes et plus organisées. Le Liban a vu défiler des terroristes étrangers dès la fin du millénaire provoquant et aggravant plusieurs confrontations sanglantes avec l'armée libanaise.

La crise syrienne et l'arrivée massive de plus d'un million et demi de réfugiés syriens a fait grimper les statistiques judiciaires en matière de terrorisme à des niveaux inédits. En fait, le nombre de dossiers de terrorisme qui était de 27 en 2012, avant de passer à 46 en 2013, a explosé en 2014 avec 310 dossiers et en 2015 avec 438 dossiers. Ces chiffres ont contribué au maintien des juridictions d'exception qui ont marqué le paysage juridique libanais.

Jean Fahed a conclu en soulignant que le développement des commissions rogatoires entre les États à travers des traités internationaux ou des conventions bilatérales pour faciliter et accélérer l'assistance judiciaire entre les États, ainsi que l'échange d'informations sur les flux de capitaux servant au financement du terrorisme sont plus que nécessaires dans la lutte contre le terrorisme, qui s'avère difficile et longue, vu la situation actuelle au Moyen-Orient.

A noter que parmi les nombreux participants, figuraient le juge assesseur Stephen Breyer de la Cour suprême des États-Unis ainsi que et des juges en chef et juges de différentes Cours suprêmes de justice d'Asie, d'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. A noter que la participation du juge Breyer marque la première occasion au cours de laquelle un juge en exercice de la Cour suprême du pays hôte participe à une réunion officielle au Siège de l'Organisation des Nations Unies.

(Extrait sonore: Jean Fahed, Président de la Cour de cassation du Liban)

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29/06/2016
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