Orchestre de l'ONU : l'autre acteur de la Genève internationale

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Antoine Marguier, Directeur artistique et musical de l'Orchestre de l'ONU à Genève

Depuis sa nomination à la tête du Bureau européen des Nations Unies, Michael Moller a fait de la réappropriation du Palais des Nations par les Genevois son ambition. Autre combat, revaloriser la Genève internationale. Et les institutions onusiennes trouvent en l'Orchestre de l'ONU un allié, un pilier indispensable pour forger ce sentiment d'appartenance à cette même collectivité.

Et l'Orchestre des Nations Unies fête cette année son cinquième anniversaire. Une aventure autour du Directeur artistique et musical, Antoine Marguier, et avec des musiciens qui sont tous bénévoles. Mais ces passionnés sont d'abord des fonctionnaires internationaux, des humanitaires, des avocats, qui travaillent tous dans la Genève internationale.

Dans le cadre de ce 5e anniversaire, un concert est prévu ce dimanche13 mars au Victoria Hall à Genève. L'Orchestre de l'ONU visitera la 5e symphonie de Chostakovitch et le double concerto de Brahms avec les sœurs Berthollet. Les revenus de ce concert seront au profit du Fonds 1% pour le développement. Et ce côté caritatif qui a longtemps guidé Antoine Marguier. Le maestro entend avec, l’orchestre des Nations Unies à Genève, ouvrir la musique classique au plus grand nombre.

Reportage à Genève, avec notre Correspondant, Alpha Diallo.

 

« Cet orchestre des Nations Unies est particulièrement énergisant ».

C'est le pari fou d'un artiste idéaliste et humaniste. Un Directeur artistique qui a voulu démocratiser la musique classique et la rendre plus accessible à un plus grand nombre. Alors quoi de plus normal pour le Français Antoine Marguier de lancer en 2011, l'Orchestre de l'ONU.

« Nous sommes partis de zéro. Absolument zéro. Et puis aujourd'hui, nous avons une équipe de musiciens, tous plus motivés les uns que les autres. Un effectif de gens qui sont plutôt jeunes, très énergétiques, qui jouent bien, qui aiment la musique, qui aiment ce qu'on fait, qui aiment l'orchestre ».

Pour cet ancien clarinettiste qui a travaillé sous la direction de Claudio Abbado, c'est presque une évidence. La vérité c'est qu'Antoine Marguier voulait allier musique et combat humanitaire. Un rêve ou plutôt une prise de conscience après « une rencontre en Inde avec Mère Teresa au début des années 90. La religieuse avait alors sensibilisé le musicien à la question humanitaire. Et donc forcément, l'idée d'un orchestre de l'ONU au cœur de la Genève internationale sonne comme une évidence.

« Il y avait aussi quelque chose qui me tenait à cœur au moment où j'ai eu l'idée de fonder cet orchestre. C'est la correspondance, le lien qu'il y aurait entre les Nations Unies et la ville de Genève. Je me disais « Les Nations Unies que font elles, on les voit, on sait qu'elles sont là. Je trouvais qu'un pont entre ces deux mondes n'est jamais suffisamment fort. Donc je m'étais dit que cet orchestre pouvait contribuer à ça ».

Et dans cette quête de plus de rapprochement des Nations Unies avec la population genevoise, Antoine Marguier a tenu à composer avec les compétences locales. Et dans ce vivier de la Genève internationale, ils étaient une trentaine au départ. Le double, cinq ans plus tard. Mais à l'Orchestre de l'ONU, les musiciens sont tous bénévoles et surtout passionnés. Des passionnés avec des cartes de visites d'avocats, de diplomates, de fonctionnaires internationaux, d'agent de sécurités ou des humanitaires.

« C'est la passion qui fait tout. Ces gens savent très bien jouer. Le truc, c'est de le faire jouer ensemble. Mais eux, ils viennent avec une passion tout à fait particulière. Etant donné qu'ils jouent six à huit fois par année, je peux vous assurer à chaque fois que c'est un spectacle. Donc c'est une combinaison de choses qui fait qu'on a un certain succès, je dois dire sans prétention ».

L’orchestre de l’ONU donne maintenant des concerts en Suisse, en Europe et même en Asie. Et cet ensemble, où figurent des fonctionnaires internationaux, invite aussi des renommés comme la pianiste Khatia Buniatishvili ou les sœurs Julie et Camille Berthollet. Une occasion pour ces acteurs de la Genève internationale de se frotter avec la crème de la musique classique mondiale. Une façon pour Antoine Marguier de rappeler aussi que l’orchestre n’est plus un club de musique amateur.

« Nous ne prenons pas tout le monde puisque le niveau de l'orchestre augmente donc on adapte le niveau de recrutement, un niveau qui est de plus en plus impressionnant d'ailleurs. Puisque l'idée de s'approcher le plus possible du travail d'un orchestre professionnel. Donc mes chers amis musiciens, vous venez préparés et vous travaillez vos partitions entre les répétitions. Ce n'est donc pas l'idée du club de musique amateur qui se réunit chaque lundi pour avoir un peu de fun musical. On a décidé de faire les choses sérieusement. C'est aussi l'une des recettes du succès de notre entreprise ».

Des musiciens de la Genève internationale engagés sur le plan caritatif. Et en cinq ans, l'Orchestre des Nations Unies a pu, sans subventions et sans sponsors, récolter 170.000 euros.  Des fonds pour les réfugiés syriens ou pour des orphelins d'Afrique. Des causes humanitaires au cœur de la stratégie d'Antoine Marguier et son Orchestre de l'ONU, des causes aussi de la Genève internationale et un des piliers du mandat des Nations Unies.

 

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores d' Antoine Marguier, Directeur artistique et musical de l'Orchestre de l'ONU à Genève ; Mixage : Lucas Solari)

Classé sous L'info, Reportages.
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19/10/2017
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