Genève : une conférence pour un meilleur financement de l'action contre les mines antipersonnel

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Première conférence internationale sur le financement de l'action contre les mines antipersonnel (de gauche à droite: Stéphane Dion, Ministre canadien des affaires étrangères; Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU; Heraldo Muñoz, Ministre des Relations extérieures du Chili ; et Michael Moller, Directeur général de l'ONU-Genève).

Le 1er mars 1999, le Traité d’Ottawa qui interdit les mines antipersonnel entrait en vigueur. Presque dix-sept ans jour pour jour, l'ancien Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan a plaidé ce mercredi à Genève pour la poursuite de ce combat pour résoudre enfin la crise humanitaire engendrée par la prolifération des mines antipersonnel. Ne pas relâcher les efforts pour inverser la tendance actuelle marquée par un essoufflement du financement de l'action contre les mines. Et c'est l'objet de cette première conférence internationale sur le financement des campagnes contre ces engins mortels.

 

Il s'agit de la toute première Conférence internationale consacrée aux contributions financières sur les mines antipersonnel. Et les 162 Etats parties au Traité d'interdiction des mines ont voulu faire de ce rendez-vous de Genève un soutien financier à l'action contre les mines. À cet égard, le Chili, qui est à l'initiative de cette réunion, insiste sur l'urgence de renforcer les efforts pour déminer, détruire les stocks existants et répondre aux besoins des victimes. Et Santiago de rappeler que la Convention d'Ottawa a été conçue comme un moyen de mieux protéger l'être humain.  Un paradigme fondé sur l'être humain et sa sécurité.

 « Puisque nous sommes proches du 17e anniversaire de la Convention, nous constatons qu'il y a certains défis à relever, a souligné Heraldo Muñoz, Ministre des Relations extérieures du Chili. Des milliers de personnes sont encore victimes de mines antipersonnel dans différentes régions du monde. Ce qui prouve que ce genre d'explosifs a des conséquences graves même après de nombreuses années ».

Il faut juste souligner que le dernier rapport de l'Observatoire des mines montre que la grande majorité des victimes de mines et de restes explosifs de guerre enregistrées était des civils. Mais les victimes directes et déclarées sont passées de 26.000 par année à moins de 3400 présentement. Et pour le Canada, s'il y a bien un Pacte international sur le désarmement dans lequel il croit fermement, c'est bien le Traité des mines antipersonnel. Mais Ottawa pense qu'il est temps d'insuffler une nouvelle vie à la Convention, pour mettre les victimes au cœur des priorités. Une façon pour ce pays d'Amérique du Nord de montrer l'importance que revêt l'impératif humanitaire d'éliminer les mines.

 « Plus de 48 millions de mines stockées ont été détruites, fait remarquer Stéphane Dion, Ministre canadien des affaires étrangères. Plus d'un milliard de mètres carrés de terrains ont été déminés ou jugés sans mines et peuvent de nouveau être utilisés à des fins productives. Sans exagérer, cette Convention compte parmi les instruments de désarmement les plus fructueux jamais conclus. Cependant, nous asseoir sur nos lauriers serait une grave erreur. Nous devons donner un nouvel élan à cette Convention si nous voulons réaliser notre objectif visant à éliminer les mines terrestres partout dans le monde d'ici 2025 ».

D'autant plus l'Observatoire des mines rapporte une augmentation du déminage des zones affectées par les mines. De nombreux Etats restent en retard dans la mise en œuvre de leur plan de déminage, tandis que le financement total de l'action contre les mines a décliné pour la deuxième année consécutive. Les derniers chiffres disponibles datent de 2014. Et les donateurs et les Etats contaminés avaient contribué environ 610 millions de dollars américain dans le cadre du soutien international et national pour l'action contre les mines, une diminution de 30 millions de dollars par rapport à 2013.

D'où le plaidoyer du Directeur général de l'Office des Nations Unies à Genève, Michael Moller : « Tout effort est bienvenu et toute contribution est valable parce qu'investir contre les mines, cela signifie investir dans le développement durable et dans l'avenir. Le développement ne peut pas être accompli tant que le problème des mines n'est pas résolu. Les restes des mines empêchent les agriculteurs de cultiver, empêchent la construction des hôpitaux et les enfants d'aller à l'école. Les restes des explosifs de guerre empêchent la livraison de l'aide humanitaire et le déploiement des opérations de paix. Le déminage, dans un sens plus large, devient une question de paix, de droit et de bienêtre des personnes qui vivent dans des zones de conflits actuels ou passés ».

Et à la sortie de l'édifice du Palais des Nations à Genève, il y a toujours cette chaise monumentale en bois reposant sur trois pieds. Et pour Michael Moller, cette chaise est un rappel vivant sur l’impact des mines anti-personnel sur la vie des personnes. Il espère ardemment qu’un jour la chaise amputée restera comme un symbole d'une histoire lointaine dans la lutte contre les mines. Et pour y arriver, il faut déminer les derniers tronçons pouvant permettre d'atteindre l'objectif d'un monde sans mines d'ici à 2025.

 

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores de Heraldo Muñoz, Ministre des Relations extérieures du Chili ; Stéphane Dion, Ministre canadien des affaires étrangères ; et Michael Moller, Directeur général de l'Office des Nations Unies à Genève)

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23/10/2017
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