rie: l'ONU juge la situation à Alep « grotesque »

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Des déplacés à Alep en Syrie. Photo: OCHA / Josephine Guerrero (archives)

Plus de 51.000 civils ont été déplacés depuis le début de l’offensive lancée contre les rebelles le 1er février par les forces gouvernementales dans la province d’Alep. Selon le Chef des droits de l'homme de l'ONU, « 300.000 autres risquent de se retrouver en état de siège » suite à cette offensive de Damas accompagnée de nombreuses frappes aériennes d'avions russes et syriens. Une nouvelle escalade de la violence qui a «extrêmement alarmé» Zeid Ra’ad Al Hussein. Ce dernier qualifie la situation à l’intérieur et aux alentours de la ville d’Alep et dans d'autres parties de la Syrie de « grotesque ».

Dans une déclaration rendue publique ce jeudi à Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a condamné «catégoriquement ces actes horribles ». « Les parties belligérantes en Syrie s’enfoncent chaque jour un peu plus dans les abysses, sans se soucier le moins du monde de la mort et de la destruction qu’elles sèment dans le pays, fait-il remarquer. Cette situation est grotesque. »

Depuis le lancement, la semaine passée, de l’offensive des forces gouvernementales dans le gouvernorat d’Alep, des dizaines de civils auraient été tués depuis le 1er février. Les services du Haut-Commissaire Zeid Ra’ad Al Hussein indiquent avoir «reçu de nombreux rapports faisant état de destructions d’infrastructures civiles, y compris celle de trois cliniques et de deux boulangeries depuis le début de cette dernière vague d’hostilités ».

« Les femmes, les enfants, les personnes âgées, les blessés, les malades, les personnes handicapées sont utilisés comme monnaie d'échange et chair à canon, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Cette situation est grotesque », a-t-il poursuivi, dénonçant particulièrement la situation de siège imposé, à des centaines de milliers de personnes, par les parties en conflit.

Ainsi, selon le Haut-Commissaire, à Madaya, au moins 26 personnes sont mortes de malnutrition depuis janvier, et ce en dépit de l’arrivée de convois humanitaires les 11 et 14 janvier. « Au moins 300 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont besoin d’être évacuées immédiatement », selon l’ONU. A Mouadamiyat al-Cham, près de Damas, depuis que les forces gouvernementales ont imposé un siège complet en décembre, quelque 35.000 civils endurent d’intenses bombardements et attaques aériennes ainsi qu’une dégradation dramatique de leurs conditions de vie, selon le Haut-Commissaire.

Par ailleurs, le Haut-Commissaire a souligné que des centaines de milliers de civils dans d’autres parties de la Syrie étaient aussi confrontés à des conditions humanitaires très difficiles, en particulier ceux qui vivent dans une situation de siège imposée soit par les forces gouvernementales et les groupes armés qui leur sont affiliés, soit par des groupes armés d’opposition, dont l’EIIL.  A cet égard, les services du Haut-Commissaire Zeid notent qu'environ 200.000 autres personnes vivent dans une situation de siège imposée par le groupe Etat islamique (EI) à Deir Ezzor. Selon M. Zeid, des rapports indiquent que plusieurs personnes accusées d’avoir introduit de la nourriture en contrebande dans la ville ont été exécutées par des combattants du groupe djihadiste.

Face à cette situation désastreuse, le Haut-Commissaire a plaidé pour la reprise des négociations de paix à Genève le plus tôt possible », a-t-il indiqué. « Il est inadmissible que les différentes parties ne parviennent même pas à s’asseoir autour d’une table alors que, du fait de leurs actions, plus de 250 000 personnes sont mortes et que le reste de la population endure de telles souffrances», a-t-il conclu.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/12/2017
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