Syrie : des enquêteurs de l'ONU dénoncent l'horreur des prisons

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Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie lors de sa conférence de presse à Genève. Photo: ONU /Jean-Marc Ferré

De nombreuses exécutions de détenus ont eu lieu en Syrie en près de cinq ans de conflit. Dans ce nouveau rapport thématique publié ce lundi à Genève, la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie met en cause aussi bien le régime de Damas que les groupes d'opposition pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

En Syrie, l'horreur se conjugue au quotidien et prend des proportions alarmantes. Dans son nouveau rapport, la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie accuse d'abord le régime de Damas de crimes contre l’humanité comme ceux d’extermination, de meurtres, de violences sexuelles, de torture, d’emprisonnement ou de disparitions forcées. « Des détenus ont été battus à mort ou sont décédés des suites de leurs blessures ou d’actes de torture », écrivent les experts mandatés par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU dans leur dernier rapport, assimilant la politique d’« extermination » de prisonniers par Damas à un « crime contre l’humanité ».

Des crimes de guerre sont aussi reprochés, tout comme aux opposants et aux groupes « terroristes » du groupe Etat islamique (EI) et du Front al-Nosra.

D’après le rapport, la branche syrienne d’Al-Qaïda Jabhat al-Nusra a mis en place des centres de détention à Idlib où des décès ont été documentés.  Al-Nosra a exécuté des militaires des forces gouvernementales, parfois de manière sommaire. Des prises d’otages se sont aussi achevées par le décès des personnes retenues par les groupes d'opposition.

Le document accuse en outre le groupe Etat islamique (EI) de crimes contre l’humanité et crimes de guerre en soumettant les détenus à la torture ou en les exécutant sommairement. Une façon de souligner que l’horreur subie par les détenus n’est pas le seul fait des autorités. A mesure que les groupes armés et organisations islamistes ont pris le contrôle de certaines parties du territoire syrien, ils ont eux aussi soumis leurs ennemis aux conditions de détention « les plus brutales », expliquent les experts de l’ONU.

Face à de telles atrocités, le Brésilien Paulo Sergio Pinheiro et son équipe plaident pour que la responsabilité de ces crimes et les autres exactions de «faire partie de toute solution politique». A cet égard, la Commission d'enquête appelle à des mesures urgentes par le gouvernement, les groupes armés, les acteurs extérieurs et la communauté internationale pour améliorer la situation en Syrie.

Il faut juste rappeler que ce nouveau rapport de la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie a été établi sur la base de 621 entretiens et de nombreux documents et porte jusqu’à fin novembre 2015.

(Interview : Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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