Libye : toutes les parties coupables de crimes de guerre

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Deux soldats libyens des forces gouvernementales de Tripoli marchant dans les rues désertes de Bin Jawad, près du port pétrolier de Sidra. Photo : T. Westcott / IRIN

Des crimes de guerre auraient été commis dans la Libye post-Kadhafi. Depuis le début de l'année 2014, des violations des droits humains se sont généralisées dans ce pays et un rapport des Nations Unies détaille une litanie d'abus au milieu de ce chaos libyen. Et selon le Chef des droits de l'homme de l'ONU, certaines de ces « graves violations pourraient, dans certains cas, constituer des crimes de guerre ».  Et toutes les parties au conflit en Libye sont ainsi pointées du doigt pour ces crimes de guerre, incluant la torture, l’exécution de prisonniers et des attaques indiscriminées contre les civils.

 

Dans un rapport publié ce jeudi à Genève, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Raad Al Hussein, décrit un sombre tableau de la situation en Libye et qui témoigne de la détérioration dramatique dans ce pays entre 2014 et 2015.

Des homicides illégaux ont été signalés dans toutes les zones de conflit. Ils sont attribués à la plupart des principaux groupes armés. Des personnes ont été exécutées en captivité. De nombreuses attaques indiscriminées ont été menées, notamment à Benghazi, Tripoli, Warshafana. Les civils, mais aussi le personnel de santé et les travailleurs humanitaires n’ont pas été suffisamment protégés, selon l’ONU. Le recours à la torture est généralisé et a provoqué plusieurs décès. Des milliers de personnes sont également en détention arbitraire et les violences sexuelles sont monnaie courante, affirment les enquêteurs.

« En dépit de la situation des droits de l'homme en Libye, le pays ne fait qu'occasionnellement la une des journaux. « Une multitude d'acteurs – étatiques et non étatiques – sont accusés de très graves violations et abus qui pourraient, dans certains cas, constituer des crimes de guerre », fait pourtant remarquer Zeid Ra' ad Al Hussein.

Cette politique de la terreur n'épargne surtout pas les femmes militantes. Depuis 2014, une série d'attaques contre des femmes militantes par des groupes armés a eu lieu en Libye. Parmi elles, les militantes réputées Salwa Bugaighis, Fareeha Al-Berkawi et Intissar Al-Hasaeri ont notamment été assassinées. Les violences sexuelles ont été très difficilement documentées en raison de la situation des victimes. En outre, des magistrats ont eux-mêmes été tués, agressés ou enlevés et des tribunaux visés par des attentats.

Autre source de préoccupation soulevée dans ce rapport, la vulnérabilité des migrants notamment subsahariens qui sont victimes d'abus de la part des autorités, des groupes armés et des passeurs. Ces derniers font l'objet de détentions arbitraires prolongées, de travail forcé, d'extorsion, de trafic et de violence sexuelle. Plus de 3.245 migrants sont d'ailleurs emprisonnés pour la seule partie occidentale de la Libye.

Enfin, le rapport décrit également le recrutement forcé d’enfants par des groupes armés « ayant prêté allégeance » à Daech.

Face à cette désastreuse situation, les services du Haut-Commissaire Zeid recommandent une action urgente pour arrêter l’extension des groupes armés et pour empêcher que des personnes responsables de violations des droits humains soient employées dans le système judiciaire. Le Chef des droits de l'homme de l'ONU appelle aussi la communauté internationale à garantir à la Cour pénale internationale (CPI) les moyens de ses investigations.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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