Crise des réfugiés : l'ONU préoccupée par les mesures restrictives croissantes en Europe

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Des réfugiés à leur arrivée en janvier 2016 à Lesvos, en Grèce. Photo: UNHCR / H.Holland

Malgré des conditions de plus en plus difficiles en mer et les rigueurs de la saison hivernale, l'afflux des réfugiés ne faiblit pourtant pas en Méditerranée.  Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 80.000 réfugiés et migrants sont déjà arrivés en Europe par bateau durant les six premières semaines de 2016. Plus de 400 personnes sont décédées durant leur tentative de traversée. C'est dire que les nombreuses épreuves endurées à l’arrivée ne découragent pas les candidats car plus de 2000 personnes continuent chaque jour de risquer leur vie et celle de leurs enfants pour tenter de rejoindre l’Europe.

 

On compte davantage d’arrivants durant les six premières semaines de 2016 que durant les quatre premiers mois de 2015. Seule nouveauté, la majorité des arrivants en janvier 2016, soit près de 58%, étaient des femmes et des enfants. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), un arrivant sur trois en Grèce était un enfant, comparativement à seulement 1 sur 10 en septembre 2015. Plus de 91% des arrivants en Grèce proviennent des dix premiers pays générateurs de réfugiés à travers le monde, y compris la Syrie, l’Afghanistan et l’Iraq.

Les conditions hivernales et une mer agitée n’ont pas dissuadé ces personnes qui sont désespérées au point de mettre leur vie en danger pour effectuer la traversée. Les traversées ont abouti quasi-quotidiennement à des naufrages ainsi qu’à des opérations de recherche et de sauvetage avec quelque 400 morts. Lors d’une enquête menée à l’arrivée, la plupart des arrivants expliquent avoir dû quitter leur pays d’origine en raison des conflits. Plus de 56 pour cent des arrivants en Grèce en janvier 2016 étaient originaires de la Syrie.

Face à cette situation, l'agence onusienne basée à Genève plaide une nouvelle fois pour un accès sûr aux systèmes de demande d’asile, y compris la réinstallation et l’admission à titre humanitaire, est un droit humain fondamental qui doit être protégé et respecté. Le HCR espère d'ailleurs que les États membres de l’UE mettront en œuvre à un rythme plus rapide toutes les mesures à l’échelle européenne qui avaient été convenues en 2015, y compris l’établissement de points d’accès et le processus de réinstallation pour 160 000 personnes qui se trouvent déjà en Grèce et en Italie ainsi que le Plan d’action conjoint UE-Turquie.

En attendant, le HCR a dénoncé les mesures de contrôle aux frontières renforcées prises depuis le début de l'année dans de nombreux Etats européens.  Au plan juridique, des mesures restrictives sur le regroupement familial ont été imposées en janvier au Danemark. Les réfugiés peuvent désormais demander que leurs proches les rejoignent seulement après trois ans, au lieu d’un an. D’autres pays envisagent une législation similaire voire plus restrictive.

Le HRC regrette que certains pays pourraient instituer des politiques pour saisir l’argent et les objets de valeur de certains demandeurs d’asile pour réduire prétendument les coûts de l’aide sociale. Ces mesures entraînent des coûts énormes et ont pour effet de céder à la peur et à la discrimination.

(Interview : Vincent Cochetel, Directeur du Bureau du HCR pour l’Europe ; propos recueillis par Alpha Diallo de la Radio de l'ONU à Genève et Catherine Fiankan de France 24)

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20/10/2017
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