Syrie : la FAO appelle à soutenir davantage les agriculteurs en ces moments de détresse

Une famille syrienne chargeant sur un camion des denrées alimentaires préservées avant d'abandonner leur village pour une ville voisine plus sûre. Ghouta-Est, Syrie, décembre 2015. (Photo: UNICEF/Amer el Shami)

Alors que la guerre en Syrie entamera bientôt sa sixième année, la production agricole s’est effondrée et les approvisionnements alimentaires sont à leur plus bas niveau historique, plongeant des millions de personnes dans la faim.

Face à cette situation, la FAO a appelé aujourd’hui les gouvernements à accélérer le financement visant à aider les agriculteurs à maintenir la production de leurs terres et ce, afin d’éviter une aggravation ultérieure de la situation.

L’appel de la FAO intervient à quelques jours d’une conférence de bailleurs de fonds internationaux prévue pour le 4 février à Londres à l’invitation du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la Norvège, du Koweït et des Nations Unies pour mobiliser le soutien nécessaire aux activités humanitaires en Syrie.

«Le conflit en Syrie a décimé le secteur agricole et a eu des répercussions importantes sur l’approvisionnement et les marchés alimentaires. Aujourd’hui, plus de la moitié des Syriens restés au pays souffrent d’insécurité alimentaire et une personne sur trois est incapable d’acheter les aliments de base dont elle a besoin», affirme M. José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO.

Du fait de l’effondrement de la production alimentaire nationale, les prix alimentaires ont grimpé en flèche. Au cours des 18 derniers mois, le prix de la farine de blé a augmenté de 300 pour cent et le riz de 650 pour cent sur certains marchés.

Sachant que plus de la moitié de la population syrienne a déjà besoin d’une aide alimentaire, M. José Graziano da Silva avertit qu’en l’absence d’un apport de fonds important pour soutenir les activités agricoles, de plus en plus d’agriculteurs n’auront d’autre choix que celui d’abandonner leurs terres et se déplacer à l’intérieur du pays ou au-delà des frontières.

«La Syrie doit pouvoir produire elle-même autant de nourriture que possible, car l’aide alimentaire seule ne peut pas nourrir le pays», selon le Directeur général de la FAO qui insiste sur la nécessité d’un apport très important de fonds pour soutenir l’agriculture.

L’aide ciblant l’agriculture évitera la propagation de la faim

Les agriculteurs syriens ne sont pas en mesure d’accéder aux semences et aux engrais. Quant à la production animale, elle est également compromise, car les éleveurs ne peuvent pas produire ou se procurer assez de fourrage et les services vétérinaires sont paralysés. Les marchés alimentaires et les filières de distribution ont été gravement perturbés.

«L’agriculture était et restera la principale source d’emplois en Syrie. Elle est indispensable pour nourrir la population du pays aujourd’hui, et elle sera la clé de son redressement demain», affirme M. Laurent Thomas, Sous-Directeur général de la FAO pour la coopération technique.

«Nous ne devons pas abandonner les agriculteurs qui sont restés en Syrie et qui luttent pour garder leurs terres productives. Ces agriculteurs sont principalement des femmes – celles-ci constituent aujourd’hui 63 pour cent de la main-d’œuvre agricole – qui sont l’épine dorsale de l’approvisionnement alimentaire en Syrie», ajoute M. Laurent Thomas.

La restauration de l’agriculture syrienne, dans la mesure du possible, coûte nettement moins cher qu’importer de l’aide alimentaire. A titre d’exemple, un apport de 100 dollars permettrait à un agriculteur de produire une tonne de blé, alors qu’une même quantité importée coûterait bien plus cher.

 

 

(Interview: Dominique Burgeon, Directeur de la Division urgences et réhabilitation de la FAO; propos recueillis par Cristina Silveiro)

Le dernier journal
Le dernier journal
28/06/2016
Loading the player ...