En souvenir de Jean Gazarian, témoin de l'histoire des Nations Unies

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Jean Gazarian lors de la commémoration du 50ème anniversaire de l'UNITAR. Photo ONU/Amanda Voisard

Les Nations Unies déplorent la perte de Jean Gazarian, un fonctionnaire dont la longue carrière au sein de l'Organisation lui a offert l'occasion rare d'assister à divers moments cruciaux de l'histoire de l'ONU qui a commencé avec 51 membres et en compte aujourd'hui 193.

« J'ai vu l'évolution de notre grande Organisation », a déclaré M. Gazarian dans un entretien en 2009 avec l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR). « Elle a survécu à tous les obstacles tout au long de sa carrière ».

De 1946, lorsque ce ressortissant français a rejoint le Secrétariat de l'ONU en tant que traducteur, à son poste de Directeur de la Division des affaires de l'Assemblée générale, M. Gazarian a consacré sa vie à la fonction publique internationale. Même après sa retraite dans les années 1980, il a enseigné pendant près de 20 ans à des diplomates et des fonctionnaires de l'ONU au sein de l'UNITAR.

« C'était une personne absolument unique », a déclaré Ahmad Kamal, Ambassadeur et chercheur à l'UNITAR, au Centre d'actualités de l'ONU. « Ses connaissances, sa dévotion à l'égard de l'ONU et la manière dont il a inspiré amour et affection à des milliers de diplomates et d'employés de l'ONU a fait de lui un prince parmi les hommes ».

En 2013, lors de la commémoration du 50ème anniversaire de l'UNITAR, le Secrétaire général Ban Ki-moon a rendu hommage à M. Gazarian, soulignant la richesse des connaissances accumulées par ce vétéran de l'Organisation.

« Vous avez eu une position unique, travaillant avec l'Assemblée générale pendant de nombreuses années. Vous avez vraiment tout vu … Et, je suis sûr, assez d'intrigues en coulisses pour en faire un film ou un livre. Mais bien sûr, en tant que fonctionnaire international avisé, vous ne trahirez jamais votre serment de confidentialité », avait déclaré M. Ban. « Vous avez servi plusieurs Secrétaires généraux. Et surtout, vous avez gagné le respect de vos collègues à travers le monde ».

M. Gazarian n'était jamais avare de ses vastes connaissances, toujours prêt à les partager ainsi que son expérience de moments historiques.

« Il y avait un sentiment d'euphorie. Tous les délégués de retour de San Francisco étaient extrêmement satisfaits de ce qu'ils avaient fait », a-t-il raconté, se rappelant de la Conférence des Nations Unies sur l'Organisation internationale qui a eu lieu dans la ville américaine et qui a élaboré la Charte des Nations Unies.

Puisant dans sa vaste expérience au fil des décennies, il a également été en mesure d'offrir un point de vue personnel sur un certain nombre de questions ainsi que sur des Secrétaires généraux, comme il l'a fait dans un article de 2007 pour la Chronique de l'ONU.

« Lors des premiers jours de l'Organisation des Nations Unies, une atmosphère d'enthousiasme extrême régnait. Les délégués étaient convaincus qu'ils avaient adopté un système de sécurité collective qui interdirait toutes les guerres pour toujours, un sentiment partagé par le Norvégien Trygve Lie, qui a servi comme premier Secrétaire général », a raconté M. Gazarian.

En 1953, quand le Suédois Dag Hammarskjöld a repris le poste, « la situation internationale avait commencé à se détériorer et l'euphorie antérieure avait été remplacée par un climat de tension extrême entre l'Est et l'Ouest », a noté M. Gazarian.

Il a décrit l'ancien Secrétaire général U Thant comme « un homme humble, mais avec des convictions très fermes … Il a souvent utilisé la diplomatie tranquille pour apaiser les tensions mortelles au cours de la difficile période de la Guerre froide ».

« La nomination de Javier Pérez de Cuéllar … est venue comme une surprise totale pour lui, alors qu'il commençait à peine à profiter de sa retraite », a déclaré M. Gazarian, ajoutant que durant son mandat de dix ans « un certain nombre de sources de tension liées à la Guerre froide ont été progressivement éliminées ».

Il a noté que Kofi Annan « avait déjà 35 ans d'expérience à l'ONU » avant d'occuper le plus haut poste et que Ban Ki-moon « a créé un précédent en plaçant sa main gauche sur la Charte de l'ONU » quand il a prêté serment lors de sa prise de fonctions le 14 décembre 2006.

Les diplomates n'étaient pas les seuls élèves de M. Gazarian. Il a également partagé son expérience avec le personnel de soutien de l'ONU pour préparer les examens de promotion. Dans les années 1990, il était une figure régulière à des ateliers où il racontait aux candidats des événements de l'ONU, comme lorsque Nikita Khrouchtchev a frappé sa chaussure sur son bureau lors d'une réunion en octobre 1960 pour protester contre les propos d'un diplomate philippin à propos de l'agression soviétique.

M. Gazarian était « une encyclopédie vivante de l'ONU », selon Maritina Paniagua, une bibliothécaire à la retraite de l'ONU qui a travaillé en étroite collaboration avec lui, saluant sa connaissance institutionnelle étonnante au sujet de l'Organisation.

« C'était un vrai maître », a-t-elle ajouté. « Quand il enseignait les cours de l'UNITAR aux délégués, il ne s'agissait pas seulement du sujet, mais aussi ce qu'il fallait faire ou pas en tant que délégué. Pour lui, la bonne, solide diplomatie était importante. Un de ses meilleurs outils d'enseignement pour atteindre cet objectif était à travers ses histoires sur ses expériences lors de l'AG ».

« C'est une grande perte pour nous à DHL [Bibliothèque Dag Hammarskjöld], pour l'ONU et pour les nouvelles générations de délégués », a-t-elle encore dit.

Jean Gazarian est décédé le 18 janvier à New York.

(Extrait sonore : interview de Jean Gazarian par Cristina Silveiro réalisée à l'occasion des 50 ans de l'UNITAR et diffusée le 12 décembre 2013)

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19/10/2017
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