Ebola: malgré les progrès, la prudence est de mise pour l'ONU

Écouter /

Dr. David Nabarro, l'Envoyé spécial pour Ebola, lors d'une rencontre avec le Président de Guinée, Alpha Condé, à la fin de l'année 2014. Photo MINUAUCE

Alors que les trois pays les plus affectés par l'épidémie d'Ebola ont enregistré d'indéniables progrès, l'ONU reste vigilante et mobilisée pour éviter une rechute, restaurer la confiance et participer au redressement de l'économie et des systèmes de santé du Libéria, de la Sierra Leone et de la Guinée, selon l'Envoyé spécial du Secrétaire général pour Ebola, Dr. David Nabarro.D'après les derniers chiffres de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 28.600 cas d'Ebola ont été enregistrés depuis le début de l'épidémie, causant la mort de plus de 11.300 personnes.

L'épidémie a fortement reflué mais les efforts ne peuvent pas se relâcher, a expliqué Dr. Nabarro dans un récent entretien avec le Centre d'actualités de l'ONU et la Radio des Nations Unies. Le Libéria, qui a été déclaré exempt de la transmission à deux reprises en mai et en septembre, a annoncé de nouveaux cas en novembre et la mort d'un adolescent.

« Il faut avoir une vigilance extraordinaire », a insisté Dr. Nabarro. Au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée, un système de riposte a été mis en place qui permet de réagir en cas de soupçon de nouveau cas, afin de rassurer les gens.

Il s'agit de rassurer aussi les investisseurs « parce que l'on veut que l'investissement reparte pour la relance de l'économie », a souligné l'Envoyé spécial. « Et l'on veut aussi que les systèmes de santé soient plus forts qu'avant pour éviter d'autres problèmes comme Ebola ».

La Mission des Nations Unies pour l'action d'urgence contre Ebola (MINUAUCE) a été fermée le 1er août 2015 mais le système des Nations Unies reste mobilisé avec l'OMS qui a pris le relais.

« On a fermé cette riposte quand on était sûr que l'OMS était en position de prendre toutes les responsabilités », a souligné Dr Nabarro. « Maintenant l'OMS est au centre de la riposte des Nations Unies en partenariat avec les ministères de la santé et les cellules de coordination dans les pays ». D'autres agences des Nations Unies collaborent avec l'OMS dans la lutte contre Ebola. C'est le cas du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), du Programme alimentaire mondial (PAM), du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

« Cette collaboration sera en place jusqu'à fin janvier. Après cela, il y aura l'OMS et le PNUD qui seront au centre de la riposte et aussi de la relance des systèmes de santé et de l'économie », a souligné l'Envoyé spécial.

Dr. Nabarro s'est félicité du travail de l'OMS qui compte plus d'un millier de spécialistes sur le terrain, dans les trois pays les plus affectés. Beaucoup de ces experts viennent d'autres pays africains. Ils vont dans les villages, sont en contact avec la population. « J'espère qu'avec cela ils vont pouvoir répondre vite s'il y a une rumeur d'un nouveau cas », a-t-il ajouté.

Ce système mis en place doit permettre de redonner confiance aux populations et aux gouvernements du Libéria, de la Sierra Leone et de la Guinée au sujet des capacités de surveillance, de détection et de réponse rapide. Il faut aussi redonner confiance aux pays voisins d'Afrique de l'Ouest. Cependant l'Envoyé spécial préconise des changements administratifs adaptés, à l'OMS, adapté pour une réponse adéquate, notamment en cas de résurgence de la maladie.

L'Envoyé spécial dont le mandat arrive a terme à la fin du mois a rappelé que l'épidémie a été une « catastrophe énorme » dans la région et la confiance se conquiert peu à peu. « A Monrovia (la capitale du Libéria), en ce moment, les enfants vont à l'école, les hôpitaux commencent à rouvrir, les bateaux viennent dans les ports … C'est un pays qui se retrouve lui-même », a-t-il souligné. Selon lui, la confiance revient aussi peu à peu en Sierra Leone et en Guinée.

Parmi les pays voisins, certains ont montré qu'ils avaient pu contrôler la maladie, comme le Sénégal, le Mali, et le Nigéria et ont une certaine confiance dans leurs capacités. « Les autres pays ont encore un peu peur », a noté l'Envoyé spécial, qui a toutefois estimé que les choses allaient dans le bon sens.

(Propos du Dr David Nabarro, Envoyé spécial pour Ebola, recueillis par Tsigué Shiferaw)

 

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
14/12/2017
Loading the player ...