Mauritanie : le Conseil des droits de l'homme se penche sur la pratique esclavagiste

Écouter /

La Salle des civilisations du Palais des Nations où se tiennent les travaux du Conseil des droits de l’homme à Genève (photo: ONU/J. M. Ferré).

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a examiné, ce mardi à Genève, le rapport de la Mauritanie dans le cadre de l'examen périodique universel. Des délégations ont ainsi interpelé Nouakchott sur des informations faisant état de cas réguliers de torture, le fait que l’homosexualité et l’apostasie soient considérées comme un crime passible de la peine de mort ou la question des mutilations génitales féminines. Et il a été surtout question du problème de la pratique de l'esclavage dans ce pays.

 

L'examen du rapport de la Mauritanie devant le Conseil des droits de l'homme est l'occasion pour les autorités de Nouakchott d'expliquer leur feuille de route pour l’éradication de l’esclavage. Dans le cadre de cet examen périodique universel, le Ministre  de la Justice, Brahim Ould Daddah a rappelé la nouvelle loi contre l’esclavage adoptée en août dernier. La pratique est désormais considérée comme un crime contre l’humanité. Dans ce nouveau texte, les pratiques incriminées sont plus nombreuses et les peines d’emprisonnement à l’encontre de ceux jugés coupables d’esclavage sont doublées.  Et le Ministre nous décrit comment cela se matérialise sur les tribunaux.

« Les cas assimilés à de l'esclavage ont été sanctionnés par six condamnations en emprisonnement et à la réparation civile, mais aussi six relaxes et dix-neuf cas sont pendants devant les juridictions saisis, soit 31 cas soumis à l'examen des juridictions mauritaniennes ».

Ce nouveau dispositif comprend également une cour anti-esclavage créée en mai 2015 par le Conseil Supérieur de la Magistrature.  Des mesures qui ont été saluées par des pays comme le Canada qui se réjouit que la Mauritanie ait pris des mesures légales pour lutter contre l'esclavage. Mais Ottawa note toutefois que c'est la mise en œuvre effective de ces mesures qui fera preuve de la détermination de Nouakchott à mettre fin aux pratiques esclavagistes.

Elsa Mouelhi-Rondeau du Canada : « Le Canada est préoccupé par la persistance de l'impunité dont jouissent les personnes coupables d'esclavage, ainsi que l'absence d'exécution des décisions de justice en faveur du dédommagement de ses victimes ».

En réponse à ces interpellations, la Mauritanie souligne que l'éradication des séquelles de l'esclavage et de la traite des personnes constitue un axe prioritaire de l'action du Gouvernement.

Le Ministre  de la Justice, Brahim Ould Daddah : « La mise en place de juridictions anti-esclavagistes l'octroi de l'assistance judiciaire aux présumés victimes, la reconnaissance de la qualité de parties civiles aux ONG, le renforcement de la politique pénale dans ce domaine, participe de l'application de la législation anti esclavagiste ».

Dans le résumé établi par le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, la Commission nationale des droits de l'homme de Mauritanie rappelle que depuis cinq ans, plus d'une trentaine de cas d'esclavage ont été portés devant la justice et que les auteurs ont été punis. Dans ces conditions, parmi les recommandations des membres du Conseil des droits de l'homme, Nouakchott est invité à intensifier ses efforts afin d'éliminer complètement les pratiques esclavagistes. Cela passe par une meilleure application de la feuille de route 2014 dont l'objectif est d'éradiquer cette servitude et de poursuivre tous les propriétaires d’esclaves.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores de Brahim Ould Daddah, Ministre  de la Justice de la Mauritanie ; et Elsa Mouelhi-Rondeau de la Mission permanente du Canada auprès de l'ONU à Genève)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
20/10/2017
Loading the player ...