Des travailleurs plus instruits mais qui ne trouvent pas toujours les emplois qui leur conviennent, selon l’OIT

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Travaux d'infrastructures destinés à employer de la main d'oeuvre en Egypte. Photo Banque mondiale/Dominic Chavez

Le niveau d’éducation de la main-d’œuvre s’améliore à l’échelle mondiale mais l’accès aux études supérieures n’aboutit pas à une baisse du chômage, constate la 9e édition des Indicateurs clés du marché du travail de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Selon ces indicateurs, les 64 pays, sauf deux, pour lesquels on dispose de statistiques ont enregistré une hausse de la proportion de la main-d’œuvre ayant fait des études supérieures au cours des 15 dernières années. Les hausses les plus fortes ont été observées au Canada, au Luxembourg et en Russie.

Dans le même temps, on a noté une chute de la proportion de la population active ayant seulement un niveau d’éducation primaire ou inférieure.

« C’est une évolution positive pour ces personnes puisque les travailleurs mieux éduqués ont tendance à bénéficier de revenus plus élevés et de meilleures conditions de travail », déclare Steven Kapsos, chef de l’Unité de production et d’analyse de données au sein du Département de statistique de l’OIT. « Mais l’évolution est également positive aux niveaux national et mondial, puisqu’il existe une forte corrélation entre les niveaux d’éducation de la main-d’œuvre et les niveaux nationaux de la productivité du travail ».

Cependant, cela ne signifie pas que les travailleurs ayant un niveau d’études supérieur aient automatiquement une meilleure chance de trouver du travail. S’ils ont moins de risques d’être au chômage dans la plupart des économies à haut revenu, les diplômés du supérieur dans les économies à bas revenu ou à revenu intermédiaire de la tranche inférieure encourent davantage de risques de devenir chômeur que les travailleurs ayant un niveau d’éducation moindre.

« Cela reflète un décalage entre les personnes qualifiées et le nombre de postes disponibles correspondant à leurs compétences et leurs attentes et, s’il n’est pas corrigé, cet écart risque de freiner la croissance économique et le développement », explique Rosina Gammarano, du département de statistique de l’OIT.

Les indicateurs fournissent aussi des données sur la proportion des jeunes qui ne sont pas scolarisés et n’ont ni emploi ni formation (NEET). Ils observent que les pays où le nombre de NEET a augmenté ces dernières années sont tous des économies à haut revenu qui ont été durement frappées par la crise financière mondiale, comme Chypre, l’Irlande, l’Italie, la Grèce et l’Espagne.

A l’inverse, les pays qui ont enregistré le plus fort recul du nombre de NEET sont soit des économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, comme la Bulgarie, soit des pays à bas revenu comme le Cambodge.

Dans la majorité des pays en développement où des données sont disponibles, l’écart entre hommes et femmes perdure, avec un pourcentage de jeunes femmes dans la catégorie des NEET qui atteint 40% en Egypte par exemple, contre 17,3% pour les jeunes hommes.

(Interview : Rosina Gammarano Lamé, Economiste à l’OIT; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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