Apatridie : un rapport du HCR souligne les conséquences néfastes pour les enfants

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En République dominicaine, Joe Hullman, 13 ans, passe généralement ses vacances en travaillant à la décharge publique de San Pedro de Macoris (Photo : UNHCR/M. Redondo)

Un enfant apatride naît toutes les 10 minutes quelque part dans le monde.  Dans les pays où vivent les 20 populations apatrides les plus nombreuses, 70 000 enfants apatrides au moins naissent chaque année. Et cette naissance vient s'ajouter aux dix millions d'apatrides.

Ces enfants se décrivent comme étant « invisibles », « alien », « vivant dans l’ombre », « comme un chien errant » et « sans intérêt ». C'est le sentiment parfois partagé par ces enfants qui ont témoigné de leur souffrance quotidienne dans cette enquête du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Les enfants apatrides à travers le monde partagent finalement  les mêmes sentiments de discrimination, de frustration et de désespoir, peut-on lire dans ce rapport du HCR qui souligne les conséquences néfastes de l’apatridie pour les enfants. Les problèmes subis ces derniers peuvent demeurer durant toute leur vie d’adulte. Et selon le HCR, la discrimination — fondée sur l’appartenance ethnique, la race, la religion ou le genre — constitue la principale cause d’apatridie dans le monde.

Le Haut-Commissaire présente, ce mardi au siège de l’ONU à New York, le rapport lors d’un débat de haut niveau sur l’importance du droit à la nationalité. António Guterres a souligné que ce rapport, publié un an après le lancement de la campagne du HCR intitulée #IBelong/J’existe pour mettre fin à l’apatridie d’ici 2024, souligne la nécessité de faire cesser la souffrance des enfants apatrides.

Plus de 250 personnes – dont des enfants, des jeunes et leurs parents ou tuteurs – ont été interviewés en Côte d’Ivoire, en République dominicaine, en Géorgie, en Italie, en Jordanie, en Malaisie et en Thaïlande durant les mois de juillet et août derniers pour ce rapport. Parmi des dizaines de jeunes interviewés dans sept pays pour cette étude intitulée « Ici j’existe : l’urgente nécessité de mettre fin à l’apatridie parmi les enfants », beaucoup ont déclaré que l’apatridie avait de graves conséquences psychologiques sur eux.

Dans le rapport, les enfants font part des difficiles problèmes auxquels ils sont confrontés en grandissant, souvent en marge de la société et privés des droits dont bénéficient la plupart des citoyens. Les enfants apatrides expliquent qu’ils sont souvent traités comme des étrangers dans le pays où ils ont vécu toute leur vie.

Les jeunes apatrides se voient souvent refuser la possibilité d’aller à l’école ou à l’université et de trouver un emploi décent. Ils sont victimes de discrimination et de harcèlement de la part des autorités et ils sont plus vulnérables à l’exploitation. Souvent, l’absence de nationalité affecte leur vie ainsi que leurs familles et leurs communautés qui demeurent démunies et marginalisées pendant des générations.

L’apatridie affecte également l’avenir des jeunes. Une jeune femme en Asie a expliqué aux chercheurs du HCR qu’elle ne peut répondre à des offres d’emploi en tant que professeur car elle est apatride. Elle n’a pu trouver qu’un travail d’employée dans un magasin local. « Je veux dire à ce pays que nous sommes nombreux dans mon cas. »

Il y a un an, le HCR a lancé une campagne visant à mettre fin au statut d’apatride d’ici à 2024. Il appelle les Etats à permettre aux enfants d’obtenir la nationalité du pays dans lequel ils sont nés, à abroger les lois qui empêchent les mères de transmettre leur nationalité, à supprimer les lois et les pratiques discriminatoires et à garantir l’enregistrement universel des naissances.

(Interview : Volker Turk, Haut-commissaire adjoint du HCR chargé de la protection ; propos recueillis par Alpha Diallo)

 

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20/10/2017
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