République tchèque : l’ONU critique la détention systématique des migrants et réfugiés

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Des réfugiés à la frontière entre serbo-croate: en République tchèque, ils sont parfois détenus (photo : UNHCR).

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a vivement critiqué ce jeudi la détention des migrants et des réfugiés par la République tchèque depuis août 2015. Zeid Ra'ad Al Hussein met particulièrement en exergue les violations des droits des enfants qui figurent parmi ceux-ci.  « Les violations des droits humains des migrants ne sont pas isolées ni le fait du hasard, mais systématiques, elles semblent faire partie intégrante de la politique du gouvernement tchèque pour décourager migrants et réfugiés d’entrer ou de séjourner dans le pays », souligne le Chef des droits de l'homme de l'ONU, dans un communiqué publié ce jeudi à Genève.

Au cours des deux derniers mois, plusieurs pays de transit européens ont employé des politiques restrictives contre les migrants et les réfugiés qui tentent d'atteindre des pays européens situés plus au nord. Toutefois, la République tchèque est unique par le fait qu'elle soumet couramment les migrants et les réfugiés à une détention de 40 jours, cette durée pouvant parfois être plus longue et aller jusqu'à 90 jours, dans des conditions décrites comme dégradantes.

« Le droit international est clair : la détention de migrants doit seulement être utilisée en dernier recours. En ce qui concerne les enfants, le Comité des Nations Unies des droits de l'enfant a souligné que la détention des enfants uniquement sur la base de leur statut migratoire ou de celui de leurs parents est une violation, n'est jamais dans l'intérêt supérieur de l'enfant et n'est pas justifiable », poursuit M. Zeid.

Il s’inquiète particulièrement des conditions dans le centre de détention de Bila-Jevoza, à 80 km au nord de Prague, décrit par le ministre tchèque de la justice Robert Pelikan lui-même comme « pire qu’une prison » et où la médiatrice officielle tchèque Anna Sabatova a compté une centaine d’enfants détenus, dans un rapport qu’elle a diffusé le 13 octobre dernier. Elle y dénonce aussi le fait que ces personnes se voient privées de leur téléphone portable et ne sont plus en mesure de donner de leurs nouvelles.

Zeid Ra'ad Al Hussein fait également état « d’informations crédibles » selon lesquelles ces migrants sont fouillés de façon routinière pour leur confisquer 250 couronnes tchèques (l'équivalent de dix dollars américain ) quotidiens par personne pour leur séjour involontaire en centre de détention. « Le fait qu’ils soient obligés de payer pour leur propre détention est particulièrement condamnable », fait remarquer le Haut-Commissaire Zeid.

Tout en notant quelques améliorations apportées la semaine dernière avec l’ouverture de nouveaux centres et la mise en place d’un mécanisme permanent entre la médiatrice et le ministère de l’intérieur, le Chef des droits de l'homme de l'ONU appelle Prague à prendre, « conformément aux obligations de la République tchèque » des mesures immédiates pour garantir le respect des droits de l’Homme des migrants et des réfugiés.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/12/2017
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