Genève : l'appel de l'ONU pour ne pas oublier le drame centrafricain

Écouter /

Des Casques bleus de l’ONU en Centrafrique (Photo: UN/MINUSCA/Nektarios Markogiannis)

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) poursuit les travaux de son comité exécutif. Une  66ème session marquée par des méga-crises comme en Syrie et en Iraq, mais aussi celles qui perdurent comme au Soudan du Sud et en République centrafricaine (RCA). Une multiplication de crises qui engendrent des flux sans précédent de réfugiés et des besoins croissants pour les organismes humanitaires. D'où l'appel du Chef du HCR pour ne pas ranger la Centrafrique parmi les crises oubliées de la communauté internationale.

 

Lors de cette 66e session de son Comité exécutif qui se tient cette semaine à Genève,  le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a une nouvelle fois plaidé pour la cause centrafricaine. Ne pas oublier la RCA et un effort international aideraient à la stabilisation de ce pays où un dixième de la population centrafricaine, soit plus de  460.000 personnes, serait actuellement réfugiée à l’étranger, principalement au Cameroun, au Tchad, en RDC et au Congo.

Cet appel intervient alors que Bangui a connu ces derniers jours une soudaine éruption de violence qui a commencé le 26 septembre. Outre les pillages, ces affrontements ont fait 42 morts, plus de 400 blessés et plus de 37.000 personnes déplacées internes réparties dans des familles d’accueil ou dans 32 sites de la capitale centrafricaine.

Pour les autorités centrafricaines, cette dernière vague de violence ravive de vieilles blessures.

Eugénie Yarafa, Ministre affaires sociales et de l'action humanitaire : « Plusieurs personnes tant du milieu rural que des centres urbains ont été contraintes de quitter leurs résidences habituelles pour se réfugier ailleurs souvent dans des conditions inhumaines dans des forêts et les champs, les exposant à toute sorte de risques. A la date du 15 janvier 2014, 922.000 personnes étaient déplacées de leur lieu d'origine parmi lesquelles 902.000 déplacés internes répartis sur plus de 70 sites et 20.336 réfugiés dans les pays voisins. Mais avec l'insécurité grandissante le nombre des réfugiés est passé à plus de 460.000 personnes ».

Le flux de réfugiés a recommencé en fin septembre. Plus de 2.000 civils centrafricains sont ainsi arrivés en une semaine dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo après avoir fui le regain de violences  à Bangui. Selon les Nations Unies, les réfugiés sont arrivés dans la province de l’Equateur (nord-ouest) bien que Kinshasa ait décrété le 28 septembre la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » de sa frontière avec la Centrafrique.

Les réfugiés disent avoir fui les violences alors que les organismes humanitaires redoutent que l’instabilité de la Centrafrique n’engendre une « nouvelle augmentation du nombre de réfugiés » en RDC.

Devant l'Excom à Genève, le Vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur de la RDC a rappelé que son pays reste toujours une terre d'accueil pour les réfugiés centrafricains

Evariste Boshab Mabudj : « La République démocratique du Congo a toujours ouvert ses frontières chaque fois que des groupes de populations ou des individus ont sollicité l'asile sur son territoire. En ce moment même 99359 réfugiés centrafricains installés dans cinq sites situés dans deux provinces congolaises y bénéficient de l'assistance et de la protection ».

Depuis  fin 2013, Kinshasa a accueilli plus de 65.000 réfugiés centrafricains. Et après les dernières violences, il y a au total plus de 417.000 personnes déplacées et 471.000 réfugiés dans les pays voisins. Et le plan d'action humanitaire pour la Centrafrique est financé à 45%, soit 277 millions de dollars reçus sur les 613 millions demandés aux pays donateurs. Mais lors de cette 66e session du Comité exécutif du HCR, Antonio Gueterres a demandé de ne pas oublier la RCA, martelant que la solution du problème centrafricain est d'une énorme importance non seulement pour ce pays mais comme symbole pour toutes les difficultés auxquelles nous faisons face vis-à-vis de l'intolérance dans le monde.

Antonio Gueterres : « Je tiens à vous dire que c'est avec une profonde douleur et une profonde surprise que j'ai vu le monde oublier le drame centrafricain. Nos opérations avec les réfugiés centrafricains et à l'intérieur de la République ont un déficit entre les donations pour ces activités et la dépense qu'on a déjà faites ou autorisées de 85 millions de dollars. Ca démontre que le monde a largement oublié  le drame du peuple centrafricain. Mais je crois qu'il faut absolument mettre ce drame dans l'agenda de la communauté internationale dans ces moments tellement difficiles comme celui que vous traversez aujourd'hui ».

Le Comité exécutif du HCR a ainsi renouvelé son engagement concernant l'assistance et la protection des réfugiés centrafricains dans les pays voisins mais aussi dans les actions humanitaires à l'intérieur de la RCA. Selon les Nations Unies, 2,7 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, ont besoin urgemment d’assistance humanitaire en Centrafrique.

 

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores de Evariste Boshab Mabudj, Vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur de la RDC ; Eugénie Yarafa, Ministre des affaires sociales et de l'action humanitaire de la RCA ; et António Guterres, Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
20/10/2017
Loading the player ...