Elargir la protection sociale pour éliminer plus rapidement la faim

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Au Malawi, Zelifa Kampeza, 78 ans, apporte la preuve de son identité aux administrateurs d’un programme social de transferts en espèce. Photo: FAO

La protection sociale apparaît comme un outil essentiel dans les campagnes d’éradication de la faim, mais la grande majorité des populations rurales pauvres de la planète doivent encore en bénéficier.

Le nouveau rapport 2015 de la FAO sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, plus connu sous son acronyme anglais SOFA (State of Food and Agriculture), démontre que dans les pays pauvres, les systèmes de protection sociale -notamment les transferts en espèces, l’alimentation scolaire et les travaux publics – offrent un moyen économique d’offrir aux personnes vulnérables la possibilité de sortir de l’extrême pauvreté et de se libérer de la faim tout en améliorant la santé, l’éducation et les chances de réussite de leurs enfants.

Dans les pays en développement, ces programmes bénéficient actuellement de différentes manières à 2,1 milliards de personnes dont 150 millions d’individus sauvés de l’extrême pauvreté. Selon le rapport, si l’on veut réduire rapidement le nombre de personnes qui vivent dans la pauvreté, il convient d’élargir ces programmes dans les zones rurales tout en les reliant aux politiques inclusives de croissance.

Le rapport a été diffusé à la veille des célébrations de la Journée mondiale de l’alimentation (16 octobre) dont le thème, cette année, porte sur le rôle important que joue la protection sociale pour briser le cercle vicieux de la pauvreté rurale.

«Nous devons agir d’urgence pour soutenir les personnes les plus vulnérables afin de libérer le monde de la faim», a déclaré M. José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO.

«Les programmes de protection sociale permettent aux ménages d’accéder à plus de nourriture souvent en augmentant ce qu’ils cultivent eux-mêmes et aussi de rendre leur alimentation plus diversifiée et plus nutritive. Ces programmes ont un impact positif sur la nutrition infantile et maternelle, ils réduisent le travail des enfants et améliorent la fréquentation scolaire, autant de facteurs propices à l’accroissement de la productivité», a souligné le chef de la FAO.

Environ un tiers seulement des personnes les plus pauvres du monde sont couvertes par une forme quelconque de protection sociale. Et les taux de couverture plongent encore plus bas en Asie du Sud et en Afrique sub-saharienne, régions qui détiennent la plus forte incidence d’extrême pauvreté, selon le rapport.

Sans protection sociale, beaucoup de personnes pauvres et vulnérables doivent lutter pour s’extirper du piège de la pauvreté dans lequel la faim, la maladie et le manque d’éducation perpétuent la misère pour les générations futures, lit-on notamment dans le rapport.

La plupart des pays – même les plus pauvres – pourraient se permettre une forme ou une autre de protection sociale. Selon lesestimations de la FAO, globalement quelque 67 milliards de dollars par an de suppléments de revenu, que fourniraient en grande partie les programmes de protection sociale, permettraient – avec d’autres investissements ciblant les agriculteurs pauvres – d’éradiquer la faim d’ici à 2030. Ce montant représente moins de 0,10 pour cent du PIB mondial.

Mais le rapport ne manque pas de souligner que la protection sociale ne suffit pas, à elle seule, à éradiquer durablement la faim et la pauvreté en milieu rural. Il préconise de combiner et de coordonner les investissements publics dans la protection sociale avec des investissements publics et privés dans l’agriculture et le développement rural. De telles mesures, selon le rapport, sont susceptibles d’assurer une croissance économique inclusive permettant de briser durablement le cercle vicieux de la pauvreté rurale.

(Interview: AlHassan Cisse, Coordonnateur protection sociale au Bureau régional de la FAO pour l’Afrique, basé à Accra,; propos recueillis par Murielle Sarr)

 

 

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20/10/2017
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