Afghanistan : l'ONU condamne une frappe aérienne sur un hôpital à Kunduz

Écouter /

 

Un policier à Kaboul, en Afghanistan, qui reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires. Photo : Obinna Anyadike / IRIN

Plusieurs hauts responsables des Nations Unies, dont Ban Ki-moon, ont condamné samedi le raid aérien qui a frappé la nuit précédente un hôpital à Kunduz, dans le nord de l’Afghanistan, faisant plusieurs morts et blessés.

« Cet événement est tout à fait tragique, inexcusable et peut-être même criminel », a déclaré dans un communiqué de presse le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein. « Les stratèges militaires internationaux et afghans sont tenus de respecter et protéger les civils à tout moment et les établissements médicaux et leur personnel font l’objet d’une protection spéciale. Ces obligations s’appliquent quelle que soit la force aérienne impliquée et quel que soit le lieu de l’opération », a-t-il ajouté.

Plusieurs morts et blessés ont été dénombrés après l’attaque parmi les malades et le personnel médical de cet hôpital, géré par l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF).

« Cet événement profondément choquant doit rapidement faire l’objet d’une enquête approfondie et indépendante dont les résultats devront être rendus publics », a affirmé M. Zeid. « La gravité de cet incident est illustrée par le fait que, s’il est établi devant un tribunal qu’il était délibéré, un raid aérien contre un hôpital peut être considéré comme un crime de guerre », a-t-il souligné.

D’après MSF, a déclaré le Haut-Commissaire de l’ONU, les forces pro-gouvernementales avaient été préalablement informées de l’emplacement exact de l’établissement médical.

« Bien qu’il reste encore à établir si l’hôpital et ses alentours étaient la cible de l’attaque ou s’ils ont été indirectement touchés par cette dernière, selon MSF, les raids aériens se sont poursuivis dans la zone 30 minutes après que les forces pro-gouvernementales ont été informées du fait qu’elles mettaient en danger un établissement médical », a expliqué M. Zeid.

Selon le Haut-Commissaire de l’ONU, un porte-parole des Etats-Unis aurait déclaré que des avions américains effectuaient des frappes au moment où l’hôpital a été touché.

De son côté, le représentant de l’ONU en Afghanistan a lui aussi condamné cette attaque aérienne, qu’il a qualifiée de « tragique et dévastatrice ».

Les hôpitaux « ne doivent jamais faire l’objet d’attaques », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Afghanistan et chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), Nicholas Haysom, dans un communiqué de presse.

M. Haysom a noté que le droit international humanitaire interdit également l’utilisation d’établissements médicaux à des fins militaires.

Le Représentant spécial a salué Médecins sans Frontières pour son travail et a exprimé ses condoléances au personnel médical, aux malades et à leurs familles et amis.

« Je renouvelle mon appel à toutes les parties au conflit à respecter et protéger les personnels et les établissements médicaux et humanitaires », a-t-il ajouté.

Le Coordinateur des affaires humanitaires de l’ONU pour l’Afghanistan, Mark Bowden, s’est quant à lui dit « profondément préoccupé » par le sort du personnel de MSF et de leurs patients, ainsi que de la population de Kunduz.

« La population civile est maintenant dans une situation encore plus délicate, car elle se trouve privée d’un soutien médical vital », a-t-il dit.

Kunduz, dans le nord de l’Afghanistan, a été cette semaine le théâtre de combats entre les forces gouvernementales et les Talibans, après que ces derniers ont lancé en début de semaine une offensive sur la ville.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
20/10/2017
Loading the player ...