Philippines : des experts réclament une enquête indépendante sur les meurtres de défenseurs des droits

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Des militaires philippins dans la province de Maguindanao, dans le sud des Philippines.Photo IRIN/Jason Gutierrez

Deux experts indépendants des Nations Unies ont appelé mardi le gouvernement des Philippines à ouvrir une enquête complète et indépendante sur les meurtres de trois défenseurs des droits humains à Surigao del Sur, sur l’île de Mindanao dans le sud de l’archipel des Philippines, une zone actuellement touchée par des affrontements armés.

Une des trois victimes était le directeur du Centre d’apprentissage alternatif pour le développement et l’agriculture (ALCADEV), servant d’école pour les jeunes autochtones vivant dans les montagnes et fournissant des services aux communautés dans la région de Caraga. Il a été retrouvé assassiné dans une salle de classe de l’ALCADEV dans la ville de Sitio Han-ayan le 1er septembre.

Cet assassinat s’est produit après que des membres de l’armée philippine et des membres présumés des forces paramilitaires ont envahi l’école et que des paramilitaires ont arrêté le directeur.

« L’occupation militaire d’institutions civiles et le meurtre de civils, en particulier dans des endroits tels que les écoles qui devraient constituer un refuge pour les enfants, sont inacceptables, déplorables et contraires aux droits de l’homme internationaux et au droit humanitaire internationale », ont dit les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Victoria Tauli-Corpuz, et sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Michel Forst, dans un communiqué de presse.

« Deux autres représentants de la communauté Manobo, dont un chef de tribu et le président de MAPASU, une organisation autochtone qui proteste contre les violations des droits humains, l’exploitation minière et la conversion des terres, ont été abattus devant leurs communautés par des paramilitaires », ont-ils ajouté.

Cette tragédie a suivi une autre série de meurtres brutaux qui ont eu lieu le 18 août à Mendis, Pangantucan, Bukidnon et dans le nord de Mindanao, où cinq membres d’une famille autochtone, dont une personne aveugle âgée de 72 ans et deux enfants, ont été tués, apparemment par des militaires de l’armée philippine.

« Nous prenons note de l’annonce faite aujourd’hui devant le Conseil des droits de l’homme à Genève par la délégation des Philippines qu’une enquête est en cours », ont dit les deux experts. « Nous exhortons les autorités philippines à s’assurer que cette enquête sur ces événements tragiques soit menée de manière indépendante pour identifier et traduire les coupables en justice, pour assurer le retour en toute sécurité des populations autochtones déplacées par les récents événements violents et pour garantir des réparations aux familles des victimes dans le respect de leurs traditions autochtones ».

Les deux experts se sont dits très préoccupés par l’insécurité de plus en plus répandue et la hausse des homicides illégaux de militants des droits humains dans les régions marquées par des conflits aux Philippines. M. Forst a exhorté le gouvernement à accepter finalement ses demandes répétées pour visiter le pays afin d’évaluer, dans un esprit de dialogue et de coopération, l’environnement dans lequel les défenseurs des droits de l’homme travaillent.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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18/10/2017
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