L'ONU appelle les Etats à traduire la responsabilité de protéger les populations en actes

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Un jeune Syrien porte son frère à travers la frontière entre la Grèce et l'ancienne République yougoslave de Macédoine, près d'Eidomeni, en Grèce, en juin 2015. Photo UNHCR/A. McConnell

A l’occasion d’une réunion informelle de l’Assemblée générale des Nations Unies, deux hauts responsables de l’Organisation ont appelé mardi les Etats à traduire la reconnaissance de leur responsabilité de protéger (R2P) les populations contre les crimes internationaux les plus graves en actions concrètes.

« Le Conseil de sécurité [de l'ONU] est la seule instance habilitée en vertu du droit international à autoriser une action militaire pour sauver des vies quand toutes les autres ont échoué. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour agir tôt, prévenir les crimes atroces et aider les Etats à protéger leurs citoyens », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, dans un discours prononcé à l’ouverture de ce ‘Dialogue interactif informel sur la responsabilité des États de protéger leurs populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité’.

« La question qui doit guider les travaux du Conseil est la suivante : avons-nous vraiment fait tout ce que nous pouvons ? », a insisté M. Ban.

Le Secrétaire général a rappelé qu’en adoptant le Document final du Sommet mondial de 2005, les Etats ont reconnu l’obligation qui leur incombe de protéger les populations contre les crimes internationaux les plus graves.

« Les dirigeants ne peuvent désormais plus prétendre que la souveraineté nationale l’emporte sur toutes les autres préoccupations, ou se cacher derrière des excuses telles que des circonstances nationales ou des menaces sécuritaires exceptionnelles », a déclaré M. Ban dans le cadre de ce dialogue informel, qui coïncide avec le 10ème anniversaire du Document final du Sommet mondial de 2005.

Malgré cette reconnaissance de la responsabilité des Etats, le chef de l’ONU a pointé les échecs répétés de la communauté internationale à protéger les populations les plus vulnérables.

Prenant l’exemple de la Syrie, la plus grande crise humanitaire mondiale à l’heure actuelle, M. Ban s’est indigné du manque d’égard des parties pour la vie humaine et des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire dont elles se sont rendues coupables, susceptibles de constituer des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. A ce titre, le Secrétaire général a tout particulièrement dénoncé le gouvernement syrien, qui n’a pas respecté son obligation en vertu du droit international de protéger les civils.

« Le conflit est une tragédie colossale pour la Syrie et un symbole honteux des divisions internationales. Le jugement de l’Histoire sera sévère », a déclaré M. Ban.

Le Secrétaire général s’est également dit préoccupé par la situation des civils au Yémen, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud, au Soudan et en Corée du Nord.

« Notre incapacité à nous montrer à la hauteur de cette obligation morale se traduit par une plus grande souffrance humaine qui se répercute à travers les frontières », a regretté M. Ban, avant d’énumérer trois principes qui permettront selon lui de traduire en action la reconnaissance de la responsabilité de protéger les populations.

« Premièrement : une volonté réelle entre États membres, en particulier les membres du Conseil de sécurité, de créer l’espace politique nécessaire pour prévenir et répondre aux crimes atroces. Deuxièmement : des liens plus solides entre l’alerte précoce et l’action rapide. Et troisièmement : le courage de dénoncer publiquement et de traiter les signes de risque ».

De son côté, le Président de l’Assemblée générale, Sam Kutesa, a salué l’occasion offerte par ce dialogue de réaffirmer la responsabilité collective des Etats membres de protéger les populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité.

« Bien que l’ampleur de ces crimes s’est progressivement réduite, la communauté internationale continue d’assister à des situations dans le monde, en particulier causées par des groupes non étatiques, qui constituent des crimes contre l’humanité. Les atrocités abominables et les attaques terroristes perpétrées par des groupes tels que Daech, Boko Haram, Al-Qaïda et Al-Chabab sont inacceptables, et nous devons redoubler d’efforts pour les arrêter », a affirmé M. Kutesa.

Le Président de l’Assemblée a par ailleurs réitéré l’importance de renforcer la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales pour y parvenir.

(Extrait sonore : Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies)

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23/10/2017
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