François Hollande : « Rien n'est gagné pour l'Accord de Paris sur le climat »

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Le Président de la France, François Hollande intervenant devant l’Assemblée générale, 28 septembre 2015 (Photo : Crédit ONU/Cia Pak)

Lors du débat annuel de l'Assemblée générale, le Président de la République française, François Hollande, a salué les progrès immenses accomplis depuis la création de l'ONU. Malheureusement, 70 ans après, il y a toujours des tragédies, des conflits et des guerres, et le monde doit relever des défis considérables.

Le Président a évoqué les millions de réfugiés qui fuient au Moyen-Orient et en Afrique ; le terrorisme qui frappe les populations civiles ; les conflits qui demeurent sans règlement depuis des années ; les catastrophes naturelles, « les îles qui vont bientôt disparaître, les glaciers qui fondent et les dérèglements climatiques ».

La France, qui « ne refuse jamais son concours » dans beaucoup de domaines, « a voulu la Conférence sur le climat à Paris », a assuré M. Hollande. « Nous devrons nous poser une seule question : l'humanité est-elle capable de prendre la décision de préserver la vie sur la planète ? ». Si ce n'est pas décidé à paris, « ce sera trop tard pour le monde », a-t-il averti.

Les choses ont bien avancé depuis plusieurs mois, a reconnu le Président en saluant notamment les Etats-Unis et la Chine qui ont pris « des engagements qui contribuent à changer la donne ».

François Hollande, auquel on demande souvent son « pronostic », a affirmé que « rien n'est gagné pour l'accord à Paris », mais que « tout reste possible ». Pour cela il faut trois conditions. Premièrement, il faut pouvoir conclure un accord universel contraignant et différencié. A ce jour, a-t-il précisé, 90 Etats représentant 80% des émissions de gaz à effet de serre ont remis leurs contributions nationales. Il a donc invité « l'autre moitié du monde » à répondre.

Deuxièmement, a poursuivi le Président, il faut être capable d'inscrire notre action dans la durée. « Paris ne devra pas être un aboutissement mais un point de départ », a-t-il estimé. Il a préconisé un mécanisme de révision intégré à l'accord pour mesurer tous les cinq ans nos contributions nationales et nous assurer qu'à la fin du siècle « la planète ne se sera pas réchauffée de plus de 2 degrés ».

Troisièmement, les pays développés auront à apporter des engagements financiers pour que les pays en développement puissent s'adapter aux changements climatiques. A cette fin, il faudra rassembler 100 milliards de dollars en 2020, a prévenu M. Hollande. L'OCDE fera une première estimation et il faudra continuer à mobiliser la banque mondiale, les institutions financières, les Etats et les acteurs privés pour atteindre ce chiffre. « Chacun doit montrer l'exemple et la France n'échappe pas à cette règle », a-t-il dit. Il a annoncé que les financements annuels de la France pour le climat, qui sont de 3 milliards aujourd'hui, dépasseront 5 milliards en 2020 sous la forme de prêts mais aussi de dons.

Mais s'il faut que le monde soit vivable à la fin du siècle, il faut aussi qu'il soit « déjà supportable aujourd'hui », a continué le Président français.

« La Syrie appelle une fois encore notre mobilisation et notre intervention », a souligné M. Hollande en évoquant la tragédie qui frappe la population syrienne et a fait 250 000 victimes. Or, « le drame syrien a commencé avec la révolution qui a voulu mettre en cause la dictature de Bashar al-Assad », a martelé le Président. Il a fait remarquer qu' « avant, il n'y a avait pas de terroristes, de réfugiés de déplacés ». Huit millions de personnes n'ont pas fui simplement une guerre mais le régime de Bashar al-Assad, a-t-il insisté. « C'est ce même régime qui déverse des bombes sur des populations civiles innocentes ».

Ce n'est pas parce qu'un groupe terroriste massacre, pille, viole qu'il devrait y avoir « pour autant une forme de pardon et d'amnistie pour le régime qui a créé cette situation », a continué le Président. Il a estimé qu'aucune solution ne pourra être trouvée hors d'un processus politique. La France qui entend prendre ses responsabilités a entrepris une action armée ; elle n'écarte aucun pays. « Nous voulons travailler avec tous ceux qui le voudront », a assuré M. Hollande, en souhaitant une large coalition. « Une telle coalition doit avoir une base claire ou elle ne verra jamais le jour », a-t-il toutefois considéré. D'après lui, cette base a été donnée à Genève il y a plus de trois ans et il faut l'utiliser. « On ne peut pas faire travailler ensemble les victimes et les bourreaux », a répété M. Hollande. « Assad est à l'origine du problème ; il ne peut pas faire partie de la solution ».

Enfin, « nous devons aussi penser à tous les réfugiés qui commencent aujourd'hui une longue marche ». Le Président a constaté que 80% des réfugiés dans le monde sont au Sud et que c'est le Sud qui assure la solidarité. « Ce sont les plus démunis qui accueillent les plus pauvres », a-t-il dit. « Pour éviter les drames, il faut agir ». L'Europe fait son devoir en accueillant des réfugiés de Syrie, d'Iraq, d'Erythrée et du Soudan, a précisé M. Hollande. Le monde doit aider les réfugiés, a-t-il ajouté, en proposant de doter davantage le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM) et d'aider les pays voisins, comme le Liban, la Jordanie et la Turquie, ainsi que les pays de transition en Afrique. Pour sa part, la France a augmenté de 100 millions d'euros son appui.

« La légitimité d'une organisation comme l'ONU repose sur la crédibilité », a souligné M. Hollande. « Nous n'échapperons pas à une réforme », a-t-il estimé, en plaidant pour l'élargissement du Conseil de sécurité et une représentation différente en son sein. Il a rappelé que la France s'est engagée à ne jamais utiliser son droit de veto lorsqu'il y a des atrocités de masse. « Nous devons agir ! Nous pouvons agir pour régler les drames d'aujourd'hui et sauver la planète demain », a-t-il conclu François Hollande.

(Mise en perspective : Jérôme Longué avec des extraits de l'intervention de François Hollande)

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13/12/2017
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