Conseil des droits de l'homme : la crise des réfugiés syriens liée au conflit

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La salle des civilisations du Palais des Nations où se tiennent les travaux du Conseil des droits de l’homme (Photo: ONU/J. M. Ferré).

Avec l’afflux massif des réfugiés en Europe, «la tragédie syrienne a maintenant atteint les rives européennes».  Lors de l'examen de son rapport devant le Conseil des droits de l’homme, la Commission d'enquête internationale sur la Syrie rappelle que ce problème touche depuis plusieurs années les pays voisins de la Syrie. Et lors des débats, plusieurs États ont insisté sur la tragédie des réfugiés, estimant que ce conflit avait donné naissance à une des plus graves crises humanitaire de l’histoire récente.

 

La Commission d'enquête de l'ONU s'est rendue récemment dans les pays voisins de la Syrie. Occasion pour Paulo Sergio Pinheiro et son équipe de rencontrer de nombreux Syriens. De ces témoignages poignants recueillis par les enquêteurs, une seule constance, la quête d'exil.  Ces civils syriens disent avoir fui «un pays qui leur est devenu méconnaissable ». La vie telle qu'ils l'ont bâtie et telle qu'ils l'ont connue s'est écroulée autour d'eux, ne leur laissant qu'un seul choix, la fuite.  Alors que l'on se dirige vers une cinquième année de guerre, avec un grand nombre de réfugiés et de déplacés internes qui vivent dans des conditions intolérables, la tragédie syrienne atteint maintenant les frontières européennes.

 « La tragédie syrienne a maintenant atteint les rives européennes, a souligné Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête. Pendant plus de quatre ans et demi, les décès d’enfants et les souffrances quotidiennes des familles continuent à être déplorés. La terrible souffrance humaine vécue dans les hôpitaux et les camps de réfugiés des pays voisins de la Syrie, se lit désormais sur les visages hagards de réfugiés entassés dans les gares européennes et derrière des fils barbelés des camps aux frontières de l’espace Schengen. C’est la lourde facture à payer pour l’échec à trouver une solution pacifique au conflit en Syrie ».

En attendant, des pays comme la Grèce ont exprimé leur inquiétude devant le Conseil des droits de l'homme. Athènes est ainsi préoccupé par le nombre croissant de réfugiés en provenance de Syrie qui transitent par son propre territoire. Malgré cet afflux de réfugiés en Europe, le Maroc, par exemple, insiste d'abord sur les souffrances infligées à la population syrienne, dont la moitié est devenue réfugiée.

 « Les enfants, dont les vies sont brisées par les affres et les souffrances de ce conflit, continuent d’être recrutes par les parties au conflit, a souligné Saïd Ahouga, Ministre Conseiller de la Mission permanente du Maroc à Genève. Ils se retrouvent victimes de violences au même titre que les adultes.  Le cout humanitaire. induit par le conflit ne cesse de s’alourdir, sachant qu’environ la moitié de la population syrienne, soit une dizaine de millions de refugies et de personnes déplacées, dont le drame et les souffrances continuent même après qu’ils  aient réussi à quitter les zones de combat. Et la récente crise migratoire en Europe est là pour  nous rappeler l’ampleur de la tragédie  syrienne ».

Et dans cette tragédie syrienne, les civils sont les premières victimes des attaques des belligérants. C'est pourquoi, l'Égypte a invité l'Union européenne à respecter la Convention de Genève de 1951 sur les droits des réfugiés, à l'image de ce que font les pays voisins de la Syrie. Même son de cloche du côté de l'Allemagne qui a demandé aux pays de respecter absolument le principe du non-refoulement.  Dans ces conditions, plusieurs délégations ont mis l'accent sur l'aide humanitaire.

 « Compte tenu  de la dégradation  de la situation humanitaire  et en attendant une solution politique, la communauté internationale doit s’abstenir de tout signe de lassitude, note Jean-Marc Hoscheit, Représentant permanent du Luxembourg à Genève.  II ne saurait y avoir de la fatigue’ en la matière. La prolongation du conflit a poussé un nombre croissant de Syriens à fuir la région en direction de l’Europe et nous rend conscients des effets globaux de la crise, tout comme des défis qui se posent pour apporter une protection effective a ceux qui sont dans le besoin ».

Des délégations ont lié la crise migratoire à l'intensité du conflit syrien. Et selon la Commission d'enquête, il est donc impossible de résoudre la crise des réfugiés en Europe sans trouver une solution à la guerre.

 « Cette crise des réfugiés, déjà présente en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Iraq depuis des années, est largement causée par le conflit syrien, a ajouté Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête. Les deux sont inextricablement liés. C’est impossible de résoudre l’un sans l’autre ».

Si plus de 442.000 réfugiés et migrants ont traversé cette année la Méditerranée dont de nombreux syriens, quatre millions de Syriens se sont plutôt réfugiés vers les pays voisins comme la Jordanie, le Liban ou la Turquie. Et selon l'ONU, la Syrie compte au moins 7,6 millions de déplacés sur son territoire et 422.000 civils assiégés par les belligérants.

 

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève ; avec un extrait sonore de Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie ; Jean-Marc Hoscheit, Représentant permanent du Luxembourg auprès de l'ONU à Genève ; Saïd Ahouga, Ministre Conseiller de la Mission permanente du Maroc à Genève)

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19/10/2017
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