Darfour : l’ONU dénonce l'impunité endémique

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Des femmes puisent de l’eau dans l’unique puit de Kuma Garadayat, au Darfour (UN Photo/Albert Gonzalez Farran)

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a dénoncé vendredi, dans un nouveau rapport, l’impunité endémique au Darfour, notant que les graves violations des droits humains qui ont eu lieu au Darfour en 2014 n’ont pas fait l’objet d’enquêtes dans leur ensemble et restent impunies.

Le rapport, basé sur des informations fournies par l’Opération de l’Union africaine et des Nations Unies au Darfour (MINUAD), détaille 411 cas de violations des droits de l’homme, dont très peu ont fait l’objet d’une enquête ou abouti à des arrestations.

« Le rapport dresse un tableau très sombre de l’échec systémique, ou du refus pur et simple par les autorités de prendre au sérieux les violations des droits humains. La plupart des victimes n’ont pas obtenu justice ou des réparations pour les préjudices qu’elles ont subis », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, dans un communiqué de presse.

« La manière désinvolte avec laquelle les demandes de renseignements faites par les experts en droits de l’homme de l’ONU ont été rejetées par la police locale est profondément troublante et montre combien les fonctionnaires de l’Etat estiment qu’ils sont au-dessus de la loi. Les autorités doivent mettre fin à l’impunité endémique au Darfour », a-t-il ajouté.

Le rapport détaille des attaques contre des civils dans lesquelles la police et les forces de sécurité soudanaises auraient été impliquées, notamment des fusillades, des meurtres, ainsi que des enlèvements, des vols et des extorsions. Ces cas ne sont souvent pas signalés en raison des craintes de représailles et d’un manque général de confiance dans les autorités.

Dans certains cas, le travail des employés de l’ONU a été entravé par des difficultés d’accès, y compris le refus des autorités gouvernementales et des groupes armés d’opposition de permettre à ces employés d’atteindre des zones où de graves abus auraient été commis. Ce fut le cas dans le village de Thabit dans le nord du Darfour, où les médias ont parlé d’un viol de masse qui aurait eu lieu le 31 octobre 2014. Après le refus initial du gouvernement d’accorder un accès, la MINUAD a finalement été autorisée à visiter Thabit le 9 novembre, mais en raison de la présence des forces armées soudanaises, les résidents étaient réticents à parler librement. D’autres demandes d’accès ont été refusées.

Le rapport documente également les violations du droit international humanitaire par toutes les parties au conflit, y compris les bombardements aériens aveugles de zones civiles entraînant des morts et des blessés. Dans ces cas, l’État a également échoué à établir des mécanismes juridiques ou judiciaires efficaces pour que les auteurs de tels crimes rendent des comptes.

Les initiatives prises par le passé par le gouvernement du Soudan pour régler la situation, y compris la création du Tribunal spécial pour les crimes commis au Darfour en 2003, la création de commissions d’enquête nationales et de mécanismes d’enquête judiciaire et la révision du Code pénal de 1991, ont jusqu’ici été inefficaces, reflétant un manque de volonté de lutter contre l’impunité, indique le rapport.

La MINUAD travaille avec le gouvernement du Soudan, y compris le pouvoir judiciaire et la police, pour plaider en faveur de la justice et de la responsabilité.

Le Haut-Commissaire Zeid a déclaré que l’ONU était prête à continuer à aider le gouvernement à s’assurer que les responsables rendent des comptes et que les victimes obtiennent justice mais qu’en définitive, c’était une question de volonté politique.

« Je demande instamment au gouvernement du Soudan et aux groupes armés d’opposition de prendre les conclusions de ce rapport très au sérieux et de donner la priorité à la lutte contre l’impunité, notamment par le biais d’enquêtes rapides, approfondies, efficaces, indépendantes et impartiales, et de poursuites conformes aux normes et standards internationaux », a-t-il dit.

Zeid Ra’ad Al Hussein a également souligné l’importance des mécanismes internationaux de justice, qui sont complémentaires et aident à renforcer les mécanismes nationaux. Il a demandé au gouvernement et aux mouvements d’opposition de coopérer notamment avec la Cour pénale internationale.

(Mise en perspective : Cristina Silveiro)

 

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19/10/2017
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