Burundi: l'ONU exhorte les autorités à protéger les militants des droits de l'homme

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Des enfants dans un refuge temporaire à Bujumbura, au Burundi, se servent des dessins pour oublier ce qu'ils ont vécu. Photo UNICEF Burundi/Eliane Luthi

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Michel Forst, a exhorté vendredi le gouvernement du Burundi à protéger tous les militants des droits de l’homme après l’attaque brutale et la tentative d’assassinat contre Pierre Claver Mbonimpa, l’un des défenseurs les plus connus du pays, survenues cette semaine.

«La tentative d’assassinat d’un activiste aussi respecté que M. Mbonimpa envoie un message très effrayant à tous les membres de la société civile, ainsi qu’à l’ensemble de la population », a averti M. Forst. « Pendant cette période de troubles et d’insécurité dans le pays, je suis profondément préoccupé pour la sécurité de toutes les autres personnes militant pour les droits de l’homme au Burundi et demande la fin immédiate des violences. »

«Les autorités burundaises devraient clairement indiquer que ces actes odieux ne seront pas tolérés et faire tout leur possible pour protéger les défenseurs des droits de l’homme contre des attaques futures », a-t-il souligné. « Je réclame une protection immédiate pour M. Mbonimpa pendant sa convalescence à l’hôpital et demande instamment que cette attaque fasse l’objet d’une enquête indépendante et impartiale afin que ses auteurs soient traduits en justice dans le respect des normes relatives à un procès équitable».

En tant que Président de l’Association Burundaise pour la Protection des Droits Humains et des Personnes Détenues (APRODH), M. Mbonimpa dispose d’une longue expérience dans la défense des droits des prisonniers et dans la lutte contre la torture au Burundi. Son travail a été reconnu internationalement par des prix des droits de l’homme, y compris le Prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits de l’homme en 2007 et le Prix Henry Dunant en 2011.

M. Mbonimpa s’est exprimé publiquement sur des questions controversées, y compris sur les récentes élections présidentielles dans le pays, ce qui a conduit à son arrestation et à sa détention prolongée en 2014 et de nouveau en avril 2015.

« J’ai rencontré M. Mbonimpa à plusieurs reprises au cours de ma visite au Burundi en novembre 2014, et il m’est apparu comme l’un des défenseurs des droits humains les plus courageux et les plus respectés du pays. Les autres défenseurs que j’ai rencontrés l’appelaient respectueusement « le doyen », a ajouté le Rapporteur spécial.

« En collaboration avec d’autres experts du système des droits de l’homme des Nations Unies, nous avons à plusieurs reprises fait part au gouvernement de nos graves préoccupations sur la situation de M. Mbonimpa et avons réclamé l’arrêt immédiat de ces actes d’intimidation et de harcèlement. »

Cette déclaration a été endossée par les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la liberté d’opinion et d’expression, David Kaye; sur la liberté de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai ; sur la promotion de la vérité, la justice, la réparation et des garanties de non-répétition, Pablo de Greiff et Seong-Phil Hong, du groupe de travail sur la détention arbitraire.

(Interview: Michel Forst, Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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