FMI/Somalie: des progrès économiques significatifs mais un pays encore fragile

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UN Photo/Stuart Price

Selon un rapport récemment publié par le Fonds monétaire international (FMI) sur l'économie de la Somalie, les autorités devraient se concentrer sur le renforcement des éléments essentiels pour la stabilité et la croissance du pays qui se remet de plus de deux décennies de guerre civile. Le document constitue le premier examen approfondi de l'économie somalienne par le FMI en une génération.

Dans son premier “Bilan de santé” de l’économie en plus de 20 ans, le FMI note que le pays a fait des progrès significatifs depuis la reprise des relations avec la communauté internationale. Mais la situation de la Somalie reste très fragile, et le soutien international sera essentiel pour reconstruire les institutions et restaurer la normalité, indique le rapport.

Le chef de mission du FMI, Rogerio Zandamela, reconnaît que lorsqu'il a commencé à travailler sur la Somalie en juin 2013, après la guerre civile prolongée, le Fonds n'avait pratiquement pas de données sur l’économie. Il a fallu près de six mois pour recueillir des informations préliminaires avant de démarrer, et de se concentrer sur le budget du gouvernement fédéral. Peu à peu, il a été possible de se faire une meilleure idée du PIB, de la situation du pays et d’autres fondamentaux macroéconomiques.

Le Fonds n’a pas été le seul à aider la Somalie. Il y a eu aussi la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et les donateurs bilatéraux tels que l’Union européenne, le Kenya, la Norvège, la Turquie, le Royaume-Uni, et les États-Unis qui sont extrêmement actifs. Compte tenu de l’ampleur de la tâche en Somalie, aucune institution ne pourra relever le défi à elle seule.

Selon le FMI, près de 4 millions de personnes, soit près d’un tiers de la population, a besoin d’une aide alimentaire. La mortalité infantile dépasse 10%; et l’espérance de vie est d’environ 51 ans. En outre, selon le PNUD, environ 73% des Somaliens vivent en dessous du seuil de pauvreté avec 2 dollars par jour.

Dans un même temps, les conditions économiques se sont améliorées rapidement durant la période 2012-2014, avec un PIB réel en hausse de 3,7% en 2014. La reprise s'est faite grâce à la croissance dans l’élevage et la pêche, et une résurgence du secteur privé très actif de l’industrie des services, notamment les télécommunications, la construction, et des services de transfert d’argent, principalement associés au retour de la diaspora des Somaliens. Si les conditions sécuritaires continuent de s'améliorer, le secteur entrepreneurial privé continuera d’être le contributeur le plus dynamique à la croissance économique. Pour 2015, les analystes s'attendent à une croissance de 2,7%.

Le FMI estime que parmi les priorités économiques les plus urgentes figurent la construction d'institutions saines et le retour à la bonne gouvernance, qui sont essentielles pour restaurer la confiance de la population dans le gouvernement. La mobilisation des recettes du gouvernement est une autre priorité. Le pays devra compter sur les subventions des bailleurs de fonds pendant une longue période, car il faudra du temps pour mobiliser les recettes. Or, la dette du pays, qui représente 94% du PIB, sera difficile à résorber. Pourtant, le règlement de cette dette est l'une des conditions à un soutien plus important du FMI.

(Interview : Rogerio Zandamela, chef de mission du FMI en Somalie; propos recueillis par Priscilla Lecomte)

 

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08/12/2017
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