Iraq : l'ONU dénonce la poursuite de violations généralisées des droits de l’homme

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Une vue d'un camp de déplacés à Al-Jamea, à Bagdad, où 97 familles du gouvernorat d'Anbar ont temporairement trouvé un abri. Photo : UNICEF

Le conflit en Iraq continue de faire payer un lourd tribut aux civils, avec au moins 15.000 morts et 30.000 blessés depuis janvier 2014, alors que les violations généralisées des droits de l’homme et les déplacements massifs se poursuivent dans tout le pays, selon un nouveau rapport des Nations Unies publié lundi.

Ce rapport, établi par la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI) et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), couvre la période du 11 décembre 2014 au 30 avril 2015. Il est basé sur des enquêtes sur le terrain et des témoignages de victimes et de témoins.

Il montre que la situation des civils dans les zones sous le contrôle de l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL) reste catastrophique. Ceux qui sont considérés comme étant opposés à l’idéologie de l’EIIL ou affilié au gouvernement iraquien ou à ses forces de sécurité ont été systématiquement, enlevés, tués ou ciblés par d’autres moyens. Les journalistes, les avocats et les médecins ont également été spécifiquement ciblés, indique le rapport.

Les membres des communautés ethniques et religieuses sous le contrôle de l’EIIL continuent d’être persécutés. Environ 3.500 membres de la communauté yézidie restent détenus par l’EIIL, subissant quotidiennement des violences physiques et sexuelles ainsi que des traitements dégradants. « Ces actes semblent faire partie d’une politique visant à supprimer, expulser, ou détruire la plupart de ces communautés dans les zones sous le contrôle de l’EIIL », estime le rapport de l’ONU.

Des informations indiquent également que, dans les zones sous le contrôle de l’EIIL, des personnes sont persécutées sur la base de leur orientation sexuelle perçue. Le 8 mars, l’EIIL a décapité deux individus accusés d’homosexualité et un troisième pour blasphème dans le quartier de Bab al-Toob à Mossoul.

Le recrutement forcé, y compris d’enfants, par les forces de l’EIIL continue dans plusieurs gouvernorats, y compris ceux d’Anbar et de Ninive. Le rapport montre que certains enfants sont emmenés dans des camps de formation en Syrie, où ils apprennent à utiliser des armes et à « s’occuper » des prisonniers.

Selon l’ONU, beaucoup de ces actes constituent des violations du droit international, et certains peuvent constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, et peut-être des crimes de génocide.

Le rapport documente également les violations commises par les forces de sécurité iraquiennes et les forces affiliées, notamment les frappes aériennes et les bombardements qui, en certaines occasions, pourraient avoir violé les principes de distinction et de proportionnalité et l’obligation de prendre toutes les précautions possibles pour protéger les civils contre les effets des attaques.

Le rapport note que certaines forces affiliées auraient mené des attaques et des représailles contre des civils perçus comme favorables à l’EIIL.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq, Jan Kubis, a déploré le lourd tribut au conflit payé par les civils irakiens. « La MANUI continue d’être très préoccupée du sort de milliers de civils soumis quotidiennement à des violations des droits de l’homme, en particulier par l’EIIL », a déclaré M. Kubis.

Une annexe du rapport de l’ONU est consacrée à l’incident survenu au Camp Speicher le 12 juin 2014, au cours duquel quelque 1.700 cadets ont été tués par des combattants de l’EIIL. La plupart des soldats ont été capturés à des points de contrôle de l’EIIL après avoir quitté le camp sur les ordres de leurs officiers supérieurs et ont été ensuite systématiquement abattus.

« L’ampleur et la brutalité du massacre de Camp Speicher ont été exceptionnelles », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein. Il a demandé aux autorités de veiller à ce que les tribunaux chargés de juger ce massacre soient compétents, indépendants et impartiaux, et que les normes internationales d’équité en matière judiciaire soient respectées.

(Extrait sonore : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme ; propos recueillis par Daniel Johnson)

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19/10/2017
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