Dossier: peu de progrès un an après les hostilités à Gaza

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Un an après l'escalade des hostilités à Gaza, le Coordinateur de l'action humanitaire pour les territoires palestiniens occupés, Robert Piper, a exprimé son inquiétude persistante quant à la situation humanitaire en cours et à la lenteur de la reconstruction dans la Bande de Gaza. « Gaza est encore en crise, avec des civils qui comme toujours, paient le plus lourd tribut », a observé M. Piper.

Les 51 jours d'hostilités ont laissé à Gaza 1,4 milliard de dollar de dommages directs et indirects et 1,7 milliard de dollar de pertes économiques. 1 462 civils furent tués (dont 551 enfants) et plusieurs milliers furent blessés à travers Gaza. Six civils israéliens (dont un enfant) furent également victimes du conflit.

Depuis , les organisations humanitaires ont soutenu près de 90 000 familles avec des abris temporaires, de l'assistance alimentaire a été fournie à plus d'1,4 million de personnes et quelques 85 000 enfants ont reçu une aide psychosociale. Un travail considérable a déjà eu lieu pour évacuer les décombres et les munitions non explosées.

Malgré tous ces efforts continus, aujourd'hui quelques 100 000 personnes restent encore déplacées, logées dans des abris temporaires ou de fortune. 120 000 personnes sont toujours sans eau courante. L'appel humanitaire pour Gaza reste sous financé à hauteur de 70 pourcent.

De plus, l'UNRWA – qui soutient approximativement 70 pourcent de la population de Gaza avec des services essentiels – fait face à une crise de financement sans précédent.

Afin d'accélérer le processus de reconstruction, l'équipe humanitaire dans le pays appelle les bailleurs internationaux à garantir que les engagements pris au Caire se traduiront vite en financements concrets sur le terrain, puisque seulement 28 pourcent des promesses de dons ont été déboursés jusqu'à présent. En outre, elle appelle Israël à revoir sa liste d'objets à « utilisation double » pour lesquels l'entrée à Gaza est limitée, particulièrement les articles nécessaires aux soins médicaux. Les autorités israéliennes et palestiniennes ont besoin de coopérer pour s'attaquer aux sévères crises d'eau et d'énergie. L'équipe appelle également le gouvernement palestinien à renforcer la gestion et la surveillance du processus de reconstruction. Enfin, elle appelle Israël à autoriser une augmentation significative des mouvements de population et du matériel de construction à l'intérieur et à l'extérieur de Gaza.

Les hostilités de 2014 ont gravement exacerbé une situation socio-économique déjà précaire, avec les capacités d'adaptation des Palestiniens largement diminuées par les effets accumulés d'un blocus de huit ans. Selon la Banque Mondiale, Gaza a actuellement le plus haut taux de chômage au monde, qui s'élève à 43 pourcent. L'insécurité alimentaire touche 73 pourcent de la population. On estime que 80 pourcent de la population dépendent de l'aide humanitaire, principalement de l'aide alimentaire. L'électricité n'est disponible que 12 heures par jours, ce qui affecte également l'alimentation en eau qui couvre une fraction des besoins quotidiens. Près de 90 million de litres d'eau usée partiellement traitée sont déversés dans la Mer Méditerranée tous les jours, en partie à cause des pénuries d'électricité et de carburant. On estime que les taux de mortalité maternelle ont presque doublé durant les 12 derniers mois.

« Rétablir les habitations aux niveaux d'avant-guerre n'est pas suffisant », a dit M. Piper. « Les Palestiniens de Gaza ont besoin d'être tirés de ce cycle de crise auto-entretenu ».

(Interview Katleen Maes, responsable du bureau des affaires humanitaires de l'ONU à Gaza; propos recueillis par Tsigué Shiferaw)

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08/12/2017
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