VIH-Sida : il faut accélérer la riposte au risque d'avoir plus d'infections et de décès qu'en 2010

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Michel Sidibé, Directeur exécutif de l'ONUSIDA (photo:ONU/J M Ferré)

Le monde doit accélérer ses efforts de riposte au sida de façon radicale ou sera confronté à plus d'infections à VIH et de décès qu'il y a cinq ans – selon la Commission ONUSIDA-Lancet

Selon le nouveau rapport « Vaincre le sida – Promouvoir la santé mondiale », il conviendrait d’exploiter les innovations de la riposte au sida pour répondre aux futurs problèmes de santé mondiale.

Le nouveau rapport de la Commission ONUSIDA-Lancet invite instamment les pays les plus durement touchés par le VIH à s'efforcer de stopper les nouvelles infections à VIH et d'élargir l'accès au traitement antirétroviral, faute de quoi l'épidémie pourrait repartir.

« Nous devons faire face à la dure réalité – si le rythme actuel des nouvelles infections à VIH ne se réduit pas, il ne suffira pas de simplement pérenniser les efforts importants déjà accomplis dans de nombreux pays pour enrayer l'augmentation des décès du sida dans les cinq prochaines années » a déclaré le Professeur Peter Piot, Directeur de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, Co-Président de la Commission et principal auteur du rapport. « Il est essentiel d'élargir un accès durable au traitement, mais cela ne règlera pas le problème de l'épidémie de sida. Nous devons également redynamiser les efforts de prévention du VIH, en particulier parmi les populations les plus exposées au risque, tout en éliminant la discrimination légale et sociétale ».

Bien que des progrès sans précédent aient été accomplis dans le monde pour élargir l'accès au traitement contre le VIH, le rapport indique que le rythme des nouvelles infections à VIH ne se réduit pas suffisamment vite. Combinée à une croissance démographique élevée dans certains des pays les plus durement touchés, cette situation contribue à l'augmentation du nombre de personnes vivant avec le VIH qui auront besoin d'un traitement antirétroviral pour rester en vie.

« Nous devons agir maintenant. Les cinq prochaines années offrent une fragile fenêtre d'opportunité pour accélérer la riposte et mettre fin à l'épidémie de sida à l'horizon 2030 » a déclaré Michel Sidibé, Directeur exécutif de l'ONUSIDA et co-organisateur de la Commission. « Sans cela, les conséquences humaines et financières seront catastrophiques ».

Bien que bon nombre de pays disposent d'une marge de manœuvre pour assumer une plus grande responsabilité partagée en augmentant leurs financements alloués à la riposte au VIH, le rapport indique clairement que l'on a besoin de toute urgence d'une solidarité mondiale d'ampleur pour investir dès le début de cette fenêtre d'opportunité. Le besoin d'investissements se fait particulièrement sentir dans les pays à revenu faible durement affectés par le VIH.

L'une des conclusions peu rassurantes du rapport est que pour pérenniser les efforts actuels de prévention et de traitement du VIH, il faudrait engager (entre 2014 et 2030) jusqu'à 2 % du PIB et un tiers au moins de l'ensemble des dépenses de santé publique dans les pays africains les plus touchés pour financer les programmes de lutte contre le VIH. Ces chiffres démontrent clairement que ces pays auront besoin d'un soutien international pour leurs initiatives de lutte contre le sida pendant de nombreuses années encore. Cependant, il est également urgent de s'assurer que personne n'est laissé pour compte dans les pays à revenu intermédiaire – lesquels peuvent et doivent faire davantage pour soutenir leurs programmes de prévention et de prise en charge du VIH ciblant les populations – souvent marginalisées – les plus exposées au risque.

Si l'on exploite au mieux cette fenêtre d'opportunité de cinq ans, la transmission du VIH et les décès dus au sida pourraient être fortement réduits, et la transmission mère-enfant pratiquement éliminée d'ici à 2030. Ces efforts nécessiteront non seulement une augmentation des ressources, mais également une utilisation plus efficiente et stratégique de celles-ci.

L'effet des programmes de lutte contre le VIH est maximal lorsqu'ils sont utilisés d'une façon combinée et adaptée aux besoins et aux contextes des populations les plus exposées au risque et dans les lieux géographiques où la prévalence du VIH est élevée, conformément à la politique actuelle de certains pays tels que le Kenya. Parallèlement, il est nécessaire d'exploiter les synergies avec les grands services de santé et d'avoir une vision à long terme pour garantir la pérennité des résultats, y compris un traitement antirétroviral de qualité élevée.

Également consciente des innovations extraordinaires dans la riposte au sida, la Commission invite à exploiter les enseignements tirés de cette riposte pour les appliquer aux problèmes – existants et nouveaux – de santé mondiale.

« Le mouvement initié par la riposte au sida est sans précédent – ce système fondé sur le contrôle et l'équilibre à partir d'une approche centrée sur les personnes est un système qui devrait être adopté par un plus grand nombre organismes de santé mondiaux. Une identification précoce des parties prenantes multisectorielles économisera du temps et de l'argent, en permettant que les meilleures solutions soient appliquées aux bonnes personnes » a déclaré le Dr Richard Horton, Rédacteur en chef du Lancet et co-organisateur de la Commission.

Le rapport se montre critique à l'égard des pays qui ont baissé la garde, soulignant que certains pays où les épidémies de VIH étaient devenues stables ou se réduisaient se sont distingués par une augmentation tendancielle des comportements sexuels à risque dans les groupes exposés au cours des cinq dernières années – avec pour conséquence une augmentation des nouvelles infections à VIH. Par exemple, des études récentes ont révélé des données concrètes de résurgence évidente des épidémies de VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes en Europe occidentale, en Amérique du Nord et en Asie. En Ouganda, les tendances nationales des nouvelles infections à VIH ont commencé à s'inverser et les infections réaugmentent après avoir diminué régulièrement pendant une décennie – en raison, notamment, d'une moindre attention accordée à la prévention du VIH.

Le rapport émet sept recommandations principales, à commencer par la nécessité d'intensifier de toute urgence les initiatives de lutte contre le sida, de prendre des mesures sérieuses en matière de prévention du VIH et de continuer à élargir l'accès au traitement. Les autres recommandations visent notamment une mobilisation efficiente de ressources plus importantes pour la prévention du VIH, le traitement et la recherche, une gouvernance transparente et rigoureuse ainsi qu'une responsabilisation vis-à-vis du VIH de la santé. La riposte au sida doit continuer de s'ancrer dans le respect des droits humains, et des solutions pratiques sont nécessaires pour faire évoluer rapidement les lois, les politiques et les attitudes qui enfreignent les droits des populations vulnérables et font obstacle à une riposte efficace au sida.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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19/10/2017
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