Burundi : le Chef des droits de l’homme de l’ONU redoute que la situation bascule

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Des Burundais arrivant au Rwanda en mai 2015, après avoir fui la violence dans leur pays. Photo : UNHCR / K. Holt

Au Burundi, le mouvement s’est effrité au fil des derniers jours à Bujumbura.  Et si la mobilisation a faiblit dans la capitale burundaise, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme continue de recevoir des témoignages terrifiants de l'intérieur du pays. Le Chef des droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein, redoute d'ailleurs que des actions « de plus en plus violentes et menaçantes » d'une milice pro-gouvernementale fassent « basculer une situation déjà extrêmement tendue ».

Dans un communiqué rendu public ce mardi à Genève, Zeid Ra'ad Al Hussein a exhorté les autorités burundaises à prendre des mesures concrètes et immédiates pour mettre au pas cette milice. « Chaque jour, nous recevons 40 à 50 appels de tout le pays lancés par des gens terrifiés, à la recherche d'une protection ou souhaitant rapporter des abus », a indiqué le Haut-Commissaire.

Des témoignages inquiétants de réfugiés burundais ayant fui dans les pays voisins, font état de « violations graves des droits de l'homme qui auraient été commises par une milice rattachée au mouvement pro-gouvernemental connu sous le nom d'Imbonerakure ».  Ces violations présumées, qui auraient eu lieu à Bujumbura mais aussi dans plusieurs provinces, incluent des exécutions sommaires, des enlèvements, des tortures, des coups, des menaces de morts et d'autres formes d'intimidation».

Cette politique de la terreur se manifeste également par l'inscription de menaces écrites sur les portes ou murs des maisons. Un réfugié interviewé en RDC a ainsi déclaré avoir trouvé le message suivant sur sa porte: « Tu peux fuir où tu veux mais nous te retrouverons ». Un autre réfugié de la province de Citiboke a dit avoir vu les maisons de cinq familles marquées au rouge avec un message disant: « Acceptez-vous d'appartenir au CNDD-FDD? »

« Ces rapports sont vraiment effrayants, en particulier dans un pays avec une histoire comme celle du Burundi », a déclaré M. Zeid, en ajoutant que le personnel des Nations Unies chargé des droits de l'Homme dans la région avait reçu des allégations persistantes faisant état de collusion entre des membres de la milice Imbonerakure et les forces de police et de renseignement officielles. « Nous avons reçu des témoignages concordants indiquant que les membres des Imbonerakure agissent en suivant les instructions du parti au pouvoir et avec le soutien de la police nationale et des services de renseignement, qui leur fournissent des armes, des véhicules et parfois des uniformes », a-t-il dit.

En conclusion, le Chef des droits de l'Homme de l'ONU note que le Burundi ne doit pas se retrouver « catapulté dans une guerre civile du fait de la détermination impitoyable d'un petit nombre de personnes à garder ou prendre le pouvoir à tout prix ».

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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18/10/2017
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