A Strasbourg, Ban Ki-moon appelle les pays européens à lutter contre les discriminations

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Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, lors de son discours à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Photo : ONU / Eskinder Debebe

En visite au Conseil de l’Europe à Strasbourg, en France, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a appelé le continent européen à s’opposer à l’extrémisme violent et à protéger les droits des migrants, notamment en luttant contre la discrimination des minorités et la stigmatisation des réfugiés.

« Il y a près d’un demi-siècle, U Thant, alors Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, a pris la parole devant cette assemblée et fait une prédiction », a déclaré M. Ban dans un discours à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Cette prédiction, a-t-il ajouté, était que le Conseil montrerait que l’Europe, appelée autrefois l’ancien monde, pouvait jouer un rôle moteur dans le nouveau monde.

« Aujourd’hui, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe est un des mécanismes régionaux de défense des droits de l’homme les plus efficaces du monde », a salué le chef de l’ONU.

Rappelant les souffrances actuelles causées par les crises mondiales en cours, notamment en Syrie, en Iraq, au Yémen et au Soudan du Sud, le Secrétaire général a demandé aux membres du Conseil de prendre part à une action mondiale portant sur quatre questions interdépendantes : les restrictions imposées à la société civile, les migrations, la montée de l’extrémisme violent et la nécessité de créer d’urgence les conditions d’un avenir placé sous le signe de la viabilité.

« L’action ne pourra aboutir sur chaque front que si les droits de l’homme sont respectés sur tous les fronts », a affirmé M. Ban, exhortant le Conseil à renforcer en ce sens son partenariat avec l’ONU.

« Globalement, la démocratie est en hausse. Mais dans certains pays du monde, le progrès démocratique va à reculons », a déclaré le Secrétaire général, constatant que l’espace laissé à la société civiles dans ces pays a tendance à diminuer.

« Nous devons élever la voix contre ceux qui bloquent les organisations non gouvernementales et les défenseurs des droits de l’homme », a poursuivi M. Ban, tout en regrettant le fait que plus de 50 pays, y compris en Europe, ont passé près de 100 lois restreignant les opérations et le financement des ONG.

S’agissant de l’extrémisme violent, le chef de l’ONU s’est inquiété de la montée en puissance de groupes terroristes tels que Daesh, Al-Chabab, Boko Haram et Al-Qaida, qui exigent de prendre des mesures, voire d’avoir recours à des actions militaires.

« Mais quand le contre-terrorisme viole les droits humains, les pays perdent leur autorité morale – et les terroristes applaudissent », a mis en garde M. Ban, appelant l’Europe à ne pas radicaliser les jeunes en situation vulnérable.

« Nous soutenons l’Europe dans son combat pour lutter contre une hausse des attaques et discriminations antisémites et islamophobes », a-t-il déclaré.

Concernant la situation des migrants, le Secrétaire général s’est dit très préoccupé par le sort des demandeurs d’asile et réfugiés dans le monde, en particulier en mer Méditerranée et en mer d’Andaman et dans le golfe du Bengale.

« Je vous invite à plaider en faveur de la protection et des droits des personnes qui fuient les conflits, la persécution, la pauvreté enracinée ou le manque d’accès à un travail décent », a appelé le Secrétaire général, exhortant l’Europe à mettre en œuvre des « voies sûres, régulières et ordonnées » pour la migration et la mobilité.

« Nous devons rejeter la rhétorique anti-migrants et reconnaître les contributions positives des migrants à vos sociétés », a exhorté M. Ban.

Evoquant le conflit en Ukraine, le chef de l’ONU a rappelé que plus de 6.000 personnes ont trouvé la mort en un peu plus d’un an et que des violations graves des droits de l’homme persistent, particulièrement dans l’est du pays.

« Je demande à nouveau d’accomplir tous les efforts possibles pour soutenir les parties afin de mettre pleinement en œuvre les accords de Minsk et de parvenir à une solution politique », a-t-il déclaré, tout en remerciant le Conseil de l’Europe pour le soutien qu’il apporte à l’ONU dans cette perspective.

Le Secrétaire général a enfin abordé la question du futur programme de développement pour laprès-2015, censé être adopté à New York en septembre.

« L’objet du Sommet extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies qui se tiendra à New York en septembre sera de susciter des changements profonds », a-t-il rappelé, tout en remerciant les pays européens pour leur défense du développement durable, « y compris dans le cadre de la conférence sur le financement du développement qui se tiendra le mois prochain à Addis-Abeba ».

Dans la foulée de son adresse au Conseil, M. Ban s’est entretenu avec la Présidente du Conseil de l’Europe, Anne Brasseur.

Lors d’une conférence de presse organisée en compagnie de Mme Brasseur suite à leur discussion, M. Ban a déclaré avoir eu des échanges « très productifs » avec la Présidente du Conseil sur diverses questions.

« Nous avons parlé, en particulier, de l’importance que revêt pour la démocratie une société civile robuste et diverse », a-t-il dit.

Le Secrétaire général a également fait part à cette occasion à Mme Brasseur de son inquiétude face aux morts tragiques des migrants en Méditerranée.

« Sauver des vies doit être notre priorité absolue. À cet égard, je me félicite de l’engagement et des efforts concertés de la part les dirigeants européens », a déclaré le chef de l’ONU.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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08/12/2017
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