Radhia Nasraoui : « la torture existe toujours en Tunisie »

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Jour de vote en Tunisie : selon une experte indépendante de l'ONU, « la torture existe toujours» dans ce pays même après le Printemps arabe (Photo d'archives: PNUD/N. Al-Sayyad)

La torture existe toujours en Tunisie, c’est ce que dénonce un membre du Sous-Comité pour la prévention de la torture (SPT) du Comité contre la torture des Nations Unies. En marge d'une réunion ce jeudi à Genève du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU sur la réparation et la réhabilitation des victimes de torture, Radhia Nasraoui note que cette pratique continue « dans les postes de police, de la garde nationale et dans les prisons tunisiennes ». Elle fustige ces mauvais traitements et l'impunité dont bénéficient encore les forces de sécurité. « C'est malheureux puisque les Tunisiens ont fait la révolution et ils l'ont appelé la révolution de la dignité. Et la torture touche la dignité des gens », fait-elle remarquer dans une interview accordée à la Radio des Nations Unies.

Celle qui est par ailleurs la Présidente de l'Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT) rappelle que la torture est pratiquée généralement à la police pour extorquer des aveux et dans les prisons, c'est pour punir les prisonniers ou les détenus qui ne respectent pas les instructions de l'administration pénitentiaire. « Cette torture continue en raison de l'impunité, une impunité quasi-totale même après la révolution ».

Sans donner un bilan plus détaillé, l'Experte onusienne souligne qu'il y a des centaines de plaintes dans toute la Tunisie, « mais jusqu'au jour d'aujourd'hui, nous n'avons pas obtenu de jugement qui ont torturé quelqu'un ».

Coups de poing, coups de bâtons, position du « poulet rôti », c’est-à-dire le corps attaché et maintenu recroquevillé pendant des heures, brûlures de cigarettes ou encore agression sexuelles… Voilà quelques-uns des cas de torture relevés par l'experte du Sous-Comité pour la prévention de la torture de l'ONU.

Pour aider à la réhabilitation des victimes, l'OCTT a reçu cette année une subvention de 30.000 dollars américain (45.000 dinars tunisien) de la part du Fonds volontaire des Nations Unies pour les victimes de la torture. Mais Radhia Nasraoui rappelle que si les Etats faisaient un effort pour éradiquer la torture, on n'aurait pas besoin de réparer. « Si les Etats garantissaient les réparations pour les victimes, on aurait pas besoin du Fonds des Nations Unies », tranche-t-elle. « Malheureusement, les Etats ne font pas leur devoir et j'espère que les pays donateurs continueront à financer ce Fonds des victimes de l'ONU ».

Depuis sa création par l'Assemblée générale en 1981, le Fonds a distribué des subventions à plus de 600 organisations, aidant chaque année plus de 50.000 victimes dans le monde. Ce Fonds géré par le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), soutient les individus victimes de torture, de manière à ce qu'ils puissent reconstruire leurs vies et retrouver leur dignité.

(Interview : Radhia Nasraoui, membre du Sous-Comité pour la prévention de la torture des Nations Unies et Présidente de l'Organisation contre la torture en Tunisie ; Propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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