Migrants/UE: la sécurisation des frontières ne suffit pas, estiment deux experts de l'ONU

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Pour une migration économique maîtrisée et harmonieuse (Photo: OIT)

L'expert indépendant de l'ONU sur les droits de l'homme des migrants, François Crépeau, et l'experte indépendante sur la traite des personnes, Maria Grazia Giammarinaro, ont réagi à l’annonce faite jeudi à la fin du sommet de l’Union européenne (UE) réuni d'urgence sur les migrants.

“La décision prise hier par les dirigeants européens continuent massivement à se concentrer sur la sécurisation des frontières. L’augmentation de la répression de la migration de survie n’a pas fonctionné dans le passé et ne fonctionnera pas maintenant”, ont déclaré les deux experts dans un communiqué de presse.

Selon eux ,la destruction des bateaux n'est qu’une solution à très courte vue de la lutte contre la contrebande. Les passeurs continueront de s'adapter habilement, tant qu'il y aura un marché à exploiter.

De plus, la décision de renforcer la capacité des pays de transit pour arrêter la migration irrégulière sur leur territoire, sans offrir des solutions à long terme et sans garanties suffisantes en matière de droits de l’homme, ne fera qu’aggraver les abus dont sont victimes les migrants.

Ces mesures devraient vraisemblablement se traduire par une augmentation des coûts financiers et humains pour les migrants devant faire le voyage, et entraîner ainsi une augmentation accrue des victimes elles-mêmes. L’Europe continuera à éprouver des difficultés à vaincre les réseaux de contrebande à moins qu’elle détruise leur modèle d’affaires, qui a été créé lorsque les obstacles et les interdictions à la mobilité ont été érigés, et qui se développe en éludant les politiques migratoires restrictives des États membres de l’UE.

Les deux experts sont d'avis que le triplement du budget de l'opération Triton en vue de sauver des vies est un pas dans la bonne direction, bien que ce budget soit insuffisant pour répondre à l’augmentation du nombre de migrants et de demandeurs d’asile arrivant par bateau.

Mais selon eux, l'UE doit aller au-delà des réponses d'urgence et des projets pilotes pour adopter des mesures de mobilité réglementés plus complètes et innovantes, notamment une politique de réinstallation massive au cours des cinq à six prochaines années afin d'accueillir tous ceux qui ont besoin d’une protection internationale et de leur ainsi qu'à leurs enfants des solutions durables. Au lieu de mesures d’interdiction qui alimentent le marché de la contrebande, l’UE doit développer davantage de politiques de réduction des risques, en donnant priorité aux droits humains des migrants, et en créant des options innovantes de mobilité réglementées qui inciteront les migrants à éviter d’avoir recours à des passeurs.

La décision prise lors du sommet de l'UE reconnaît les facteurs d’incitation qui contribuent à l’arrivée de migrants en situation irrégulière par la mer, mais continue de fermer les yeux sur un facteur d’attraction essentiel pour de nombreux migrants. L’UE doit reconnaître les besoins de son marché du travail à bas salaire et devrait ouvrir rapidement de nombreuses autres voies de migration légale pour plus de migrants à tous les niveaux de compétences.

En outre, les décisions d’hier continuent de laisser aux États de première ligne la responsabilité global de traiter les migrants irréguliers qui arrivent en Europe. Ces États assument déjà une grande part de cette responsabilité. Ils ont besoin de soutien supplémentaire pour être en mesure de protéger efficacement les droits humains des migrants et demandeurs d’asile qui arrivent irrégulièrement par bateau, notamment grâce à une plus grande mobilité au sein de l’Europe.

En conclusion, les deux experts invitent l'Europe à miser sur la mobilité à travers la Méditerranée et à l’intérieur de son territoire comme un facteur dynamique de développement économique et social. “Alors seulement elle sera en mesure de récupérer vraiment le contrôle de ses frontières contre les réseaux de contrebande criminelles,” concluent-ils.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

 

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08/12/2017
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