Boko Haram : les pays du Bassin du Lac Tchad dénoncent un monstre implacable

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Des réfugiés nigérians au camp de Minawao au Cameroun. Photo : UNHCR/D. Mbaiorem

Le Conseil des droits de l’homme a tenu, ce mercredi à Genève, les travaux de sa vingt-troisième de session extraordinaire, consacrée aux attaques terroristes et aux violations des droits de l’homme commises par le groupe terroriste Boko Haram.

Les pays du Bassin du Lac Tchad ont ainsi dénoncé les exactions d'un « monstre implacable » et ont appelé la communauté internationale à les aider à lutter contre le groupe islamiste nigérian Boko Haram dont l’insurrection a entrainé la mort d’au moins 15.000 personnes en six ans.

 

La Salle des civilisations du Palais des Nations à Genève a été transformée le temps d'une journée en un profond mur des lamentations.  Avec en toile de fond, les exactions commises par Boko Haram.

Lors de cette session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme, les pays aux prises avec ce groupe terroriste nigérian ont dépeint un sombre tableau des graves abus commis sur le terrain, principalement dans les localités du Bassin du Lac Tchad.

A cet égard, le Tchad qui fait partie des pays touchés, décrit  un ennemi implacable qui ne recule devant aucun obstacle pour atteindre ses objectifs de déstabilisation des pays de la région.  Ndjamena redoute que les méfaits de Boko Haram s'étendent dans toutes les régions de l’Ouest et du Centre de l'Afrique.

Mahamat Issa Halikimi, Ministre de la justice et des droits de l’homme du Tchad :

« Certes le groupe terroriste Boko Haram a pris naissance au Nigeria, mais aujourd'hui, il s'illustre de plus en plus comme un ennemi implacable qui ne recule devant aucun obstacle pour  atteindre  ses  objectifs  de déstabilisation de nos pays. Ses méfaits risquent de s’étendre dans toutes les régions de l’Ouest et du Centre.

Devenu un véritable monstre, au regard de son indicible violence et de ses méthodes barbares, il convient de relever que Boko Haram a prospéré sur le terreau de la pauvreté, de la misère et de l’oisiveté des millions d’hommes et de femmes, particulièrement les jeunes qui sont des proies faciles pour les extrémistes ».

Même son de cloche pour le Secrétaire permanent du Ministère des affaires étrangères du Nigéria. Selon Danjuma Sheni, ce groupe terroriste profite de la pauvreté et de l’analphabétisme pour prendre de l’ampleur. Abuja insiste aussi sur le droit du Nigéria de déployer ses forces armées pour défendre sa souveraineté et empêcher des crimes contre l’humanité. Mais ces offensives sont souvent entachées d'allégations sur de possibles violations de droits de l'homme commises par les forces de sécurité du Nigeria et d’autres pays engagés dans ce combat contre Boko Haram.

En réponse à ces accusations, Yaoundé note qu'elle a une armée professionnelle qui respecte les droits humains.

Pierre Mukoko Mbonjo, Ministre des affaires étrangères du Cameroun :

« Nous avons actuellement au Cameroun dans nos prisons, plus de mille combattants de Boko Haram. Ceux-ci sont traités avec humanité. Nous avons fait notre choix, c'est malgré ces atrocités inqualifiables commises par Boko Haram, nous sommes engagés à toujours donner l'exemple. Et une seule fois en dix mois, nous avons déploré le décès de vingt-cinq militants de Boko Haram, il y a quelques semaines dans une des prisons. Et immédiatement, le commandant de la Légion  de gendarmerie de toute cette région a été relevé de ses fonctions, mis à la disposition de la justice. Une enquête est en cours. »

En attendant, le Groupe africain a présenté des solutions pour combattre la radicalisation. Il plaide ainsi pour la création de conditions appropriées pour tarir le recrutement de terroristes par une approche qui favorise l’accès à l’information, l’éducation et la sensibilisation des jeunes.

Boudjemâa Delmi, Ambassadeur de l’Algérie au nom du Groupe Africain :

« Au titre du partenariat sécuritaire, on devrait mettre en synergie des modèles conceptuels et des mesures opérationnelles par le renforcement des capacités des pays menacés à travers une formation spécialisée, l’acquisition des équipements et le partage des meilleures pratiques de lutte contre le terrorisme ; mais également l’échange d’informations pour les restrictions des  déplacements  et la destruction de leurs zones refuges; et enfin le tarissement des sources illicites de financement, en particulier le refus de versement de rançons consécutives aux prises d’otages. »

Cette session extraordinaire sera sanctionnée par l'adoption d'une résolution appelant la communauté internationale à fournir un soutien actif au Cameroun, au Tchad, au Niger, au Nigeria et à tout autre pays affecté par les actions de Boko Haram.

 

(Mis en perspective d'Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores de Pierre Mukoko Mbonjo, Ministre des affaires étrangères du Cameroun, de Mahamat Issa Halikimi, Ministre de la justice et des droits de l’homme du Tchad ; et Boudjemâa Delmi, Ambassadeur de l’Algérie au nom du Groupe Africain).

LE DERNIER JOURNAL
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20/10/2017
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