Au Congrès contre le crime, l’ONU appelle à renforcer l’assistance aux victimes de la traite

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Une jeune femme issue d'une communauté de pêcheurs au Bengale occidental en Inde orientale. Elle provient d'un village connu pour ses niveaux élevés de traite des femmes et des filles en direction de grandes villes. Photo : ONU Femmes / Anindit Roy-Chowdhury

Alors que la traite de personnes est devenue une entreprise criminelle mondiale, générant plusieurs milliards de dollars chaque année, des responsables des Nations Unies ont souligné mardi lors d’une réunion de haut niveau au Congrès de l’ONU contre le crime à Doha, au Qatar, que les victimes de ce trafic ont besoin d’une assistance pour se rétablir et se réinsérer.

Presque tous les pays du monde sont affectés par la traite des personnes, qu’ils soient des pays d’origine, de transit ou de destination. Les personnes victimes de ce trafic sont exploitées à des fins différentes : selon des chiffres de 2011, environ 53% d’entre elles sont victimes d’exploitation sexuelle et 40% de travail forcé.

En 2010, l’ONU a créé un Fonds de contributions volontaires pour les victimes de la traite des personnes et la réunion de haut niveau a examiné les résultats du Fonds et les défis auxquels il a dû faire face au cours des cinq dernières années.

« Le Fonds contribue à garantir que les femmes, les enfants et les hommes qui ont été exploités par les trafiquants soient identifiés et bénéficient de l’assistance, de la protection et du soutien nécessaires pour leur rétablissement physique, psychologique et social », a déclaré le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Yury Fedotov.

La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des personnes, Maria Grazia Giammarinaro, a déclaré pour sa part que l’aide est cruciale « pour assurer le plein accès à un recours effectif pour les victimes, y compris la réadaptation, la réinsertion et la réparation de tout préjudice commis contre elles » et pour éviter que les victimes soient à nouveau exploitées.

Cependant, dans la pratique, les personnes victimes de la traite sont souvent laissées sans le recours, ou l’assistance, nécessaires pour commencer un processus de réadaptation ou de réinsertion, a-t-elle ajouté.

Mme Giammarinaro a souligné qu’un partenariat solide avec les organisations non gouvernementales est nécessaire pour lutter efficacement contre le fléau. Elle a demandé instamment aux États membres de contribuer généreusement au Fonds de contributions volontaires des Nations Unies.

« Le rôle du Fonds est crucial. Il n’est pas destiné bien sûr à remplacer l’action de l’État. Les Etats ont des obligations et doivent s’acquitter de ces obligations dans le domaine de la protection des droits des victimes, notamment en allouant un financement adéquat aux organisations non gouvernementales », a-t-elle ajouté.

Le cycle des trois premières années de subventions du Fonds s’est achevé en décembre dernier, et un total de 11 projets en Albanie, au Cambodge, au Costa Rica, en République tchèque, en France, au Kenya, en Israël, en Moldavie, au Népal, au Nigéria et aux Etats-Unis a reçu près de 750.000 dollars.

Chaque année, quelque 2.000 victimes ont bénéficié d’une aide directe, sous la forme d’abris, de services de santé de base, de formation professionnelle et d’éducation, ainsi que de soutien psychologique, économique et social.

M. Fedotov a déclaré que les difficultés persistantes dans la collecte d’argent pour le Fonds de contributions volontaires, en dépit de ses réalisations concrètes, reste un défi majeur.

Depuis sa création, le mécanisme a reçu un peu plus de 2 millions de dollars de contributions versées par 19 États membres et quelque 30 donateurs du secteur privé, ainsi que des particuliers.

« Bien que ces contributions aient été très chaleureusement reçues, elles restent en dessous du niveau de financement nécessaire, et j’espère que nous pouvons compter sur votre soutien pour s’assurer que le Fonds puisse avoir la portée et l’impact prévu par le Plan d’action mondial », a-t-il dit.

Deux représentants d’organisations non gouvernementales qui aident des victimes de la traite des personnes au Népal et au Nigéria, Sunita Damuwar, Présidente du Conseil d’administration de Shakti Samuha, et Paul Adepelumi, Directeur exécutif du Centre africain pour la défense des intérêts et le développement humain (ACAHD), étaient parmi les participants de cette réunion de haut niveau. Mme Damuwar a décrit le travail accompli par son organisation au Népal. Elle a montré une écharpe « faite par nos survivants de la traite qui vivent dans notre maison d’accueil ».

M. Adepelumi a expliqué de son côté que des milliers de filles nigérianes travaillent dans l’industrie du sexe et que « beaucoup se trouvent en Europe ». Il a ajouté que les causes profondes de cette traite de personnes sont « la pauvreté généralisée » et les conflits armés.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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20/10/2017
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