Conseil des droits de l'homme : examen du rapport sur les enfants et les conflits armés

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La Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui. Photo: ONU/Paulo Filgueiras

Le Conseil des droits de l’homme a examiné mercredi après-midi à Genève, le rapport présenté par la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés. Leila Zerrougui a attiré l’attention sur les atrocités dont ont été victimes les enfants dans «les six principaux conflits de l’année 2014», à savoir en République centrafricaine, en Iraq, au Nigéria, en Palestine, au Soudan du Sud et en Syrie.

La Représentante spéciale a rappelé les enlèvements, mutilations et exécutions, ainsi que l’endoctrinement et le recrutement de centaines d’enfants par «Daech». Au Nigéria, alors que se poursuit le calvaire des jeunes filles de Chibok enlevées il y a un an, Boko Haram poursuit ses attaques contre les écoles et a récemment adopté une nouvelle tactique consistant à utiliser le corps des petites filles pour commettre des attentats-suicides. La Représentante spéciale a également rappelé le massacre de 132 enfants commis le 16 décembre dernier par le groupe Tahrik-i-Taliban au Pakistan, dans une école de Peshawar.

Leila Zerrougui a aussi mentionné les 540 enfants palestiniens tués à Gaza entre le 8 juillet et le 6 août 2014, alors que se poursuit le calvaire de milliers d’autres ayant perdu des parents et vu détruire leurs écoles ou hôpitaux. Elle a enfin rappelé que depuis quatre ans que dure le conflit syrien, plus de 10 000 enfants ont été tués en Syrie.

Les mesures prises pour combattre les groupes qui utilisent la violence extrême engendrent elles-mêmes de nouveaux risques pour la sécurité et le bien-être des enfants, a fait observer la Représentante spéciale. Les enfants associés ou suspectés d’association à ces groupes sont souvent arrêtés et maintenus en détention sans inculpation ni jugement, déférés devant des juridictions militaires et parfois soumis à de graves violations de leurs droits par les forces armées gouvernementales ou les milices qui leurs sont alliées, le tout dans une impunité presque totale, a souligné Leila Zerrougui. Personne ne conteste le droit – et le devoir – des États et de la communauté internationale de prendre les mesures nécessaires pour contrer la menace de ces groupes, a-t-elle précisé, tout en soulignant que de telles mesures doivent être soigneusement étudiées, calibrées et encadrées – seul moyen d’isoler ces groupes et de délégitimer leur discours.

La Représentante spéciale a estimé que le Conseil des droits de l’homme pouvait contribuer à améliorer la protection des enfants dans un contexte aussi difficile; elle l’a remercié pour avoir intégré de manière systématique les droits des enfants dans ses travaux et ceux de ses mécanismes, avant de citer quatre domaines dans lesquels la contribution du Conseil et de ses membres pouvait être salutaire.

 

Ainsi, Leila Zerrougui a-t-elle appelé à lutter contre l’impunité dans le respect de l’état de droit et des normes d’un procès équitable, soulignant par ailleurs que cette lutte ne devait pas être sélective. Elle a rappelé que les enfants associés à des groupes armés étaient avant tout des victimes et a préconisé des solutions alternatives à leur détention. Cela ne veut pas dire réclamer l’impunité pour les enfants qui ont commis des crimes graves, a-t-elle souligné. Toutefois, il est prouvé que la justice punitive n’est pas la meilleure solution, a-t-elle insisté, citant comme exemples de solutions alternatives les accords conclus avec les gouvernements du Tchad, de la République démocratique du Congo, de la Somalie ou encore avec la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie – lesquels ont accepté de mettre en place une procédure spéciale permettant de remettre ces enfants aux agences et entités chargées de la protection de l’enfance. Il convient de faire de la réintégration des enfants séparés des groupes et forces armés une des priorités des processus de paix, a souligné la Représentante spéciale. Chacun doit œuvrer à la pleine reconnaissance du rôle essentiel et protecteur de l’éducation en période de conflit ainsi que de l’accès aux services de santé, a-t-elle ajouté.

Face à un tableau si sombre, Leila Zerrougui a toutefois tenu à faire entendre certaines notes d’espoir. Ainsi, les efforts entrepris depuis des années pour mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats commencent à porter leurs fruits, a-t-elle estimé, avant de dresser le bilan de la campagne «Des enfants, pas des soldats» qu’elle avait lancée il y a un an avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Sept des huit forces armées gouvernementales qui avaient alors été identifiées comme recrutant des enfants soldats ont, depuis, signé des plans d’action avec les Nations Unies afin de mettre fin à de tels recrutements, a-t-elle fait valoir, précisant que le Tchad avait satisfait à toutes les exigences et que son armée nationale avait été retirée de la liste du Secrétaire général.

La Représentante spéciale a également fait état de «mesures concrètes» et de «progrès prometteurs» de la part des forces armées d’Afghanistan, de République démocratique du Congo, du Myanmar et de Somalie. Il reste énormément de travail à faire, a-t-elle toutefois souligné, expliquant que les conflits du Yémen et du Soudan du Sud viennent cruellement rappeler que des avancées réalisées dans la protection des enfants peuvent rapidement laisser place à des reculs dans ce même domaine. Il est donc essentiel de travailler rapidement et efficacement dans tous les pays concernés par la campagne susmentionnée et avec tous les partenaires, afin de s’assurer que les mesures adoptées soient institutionnalisées et pérennisées, a conclu Leila Zerrougui.

(Extrait sonore : Lelia Zerrougui, Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés)

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20/10/2017
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